Le Puits d’Iván Repila

le renard et le bouc

Tout au fonds d’un puits de sept mètres de profondeur perdu au milieu de la forêt, deux jeunes garçons tentent de survivre. Face à la faim, le froid, la sécheresse puis les inondations, ils ne peuvent compter que sur leur soutien mutuel, et sur leur seul espoir : celui de sortir de ce piège. Alors, peut-être, comprendrons-nous comment ils s’y sont retrouvés…

De ce postulat assez abstrait, qui ne peut littéralement que tourner en rond, Ivan Repila tire un conte oppressant, qui fait ressentir physiquement l’étouffement des deux enfants. Dans un style qui mêle un réalisme cru à un onirisme torturé, Repila ne nous épargne rien, de la dégustation des mouches qui infestent le cadavre d’un oiseau tombé du ciel aux glissements par à-coups dans un délire claustrophobe.

lepuitsComme contaminé par une folie vieille de cent siècles, son regard est celui d’un adulte ayant avalé un enfant. De près, il devient évident que, derrière ses yeux vifs, se cache une muraille retenant un puissant tourbillon de pensées délirantes : avec des mains en forme d’escalier et la tête grande comme une forêt, il traverse le corps énorme de son frère, sensible au moindre changement.

Dans une préface enthousiaste, Zoé Valdès compare l’œuvre d’Ivan Repila à celles d’Alain-Fournier, Jules Verne ou encore Antoine de Saint-Exupéry. Je comprends bien qu’il s’agit de compliments et que je suis pratiquement le seul à ne pas aimer ces auteurs, mais je ne parviens pas à comprendre où est le lien entre le Puits et la philosophie mièvre du Petit Prince ou l’insupportable désuétude du Grand Meaulnes. Sans avoir pris ce livre comme un coup de poing (comme nombre de mes camarades blogueurs), je lui trouve une profondeur que n’ont pas, à mon sens, ces deux classiques. Dans sa dimension allégorique, le Puits aborde des notions qui leur sont tout à fait étrangères, notamment lorsque certaines allusions permettent de penser le puits comme une métaphore de l’exclusion sociale, et le combat des enfants vers la lumière comme une transposition de la lutte des classes.

– Quand on sera là-haut, on fera une fête.

– Une fête ?

– Oui.

– Avec des ballons, des lumières et des gâteaux ?

– Avec des pierres, des torches et des potences.

On pourra facilement faire quelques reproches de forme à ce petit roman, notamment pour son caractère forcément répétitif, et sa fin que j’ai, pour ma part, trouvée plutôt décevante. Il s’agit tout de même d’un très curieux objet qui a, à mon sens, plus à voir avec l’angoisse existentielle de Beckett qu’avec l’humanisme crispant de Saint-Exupéry.

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challengerl2014J’ai lu ce roman dans le cadre du Challenge 1% de la rentrée 2014 lancé par Hérisson de Délivrer des livres ; il s’agit de ma trentième participation. J’ai donc lu 5% des romans sortis en cette période !

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