Un sultan à Palerme de Tariq Ali

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Sicile, 1153. Après des années à naviguer de par le monde, la cartographe Idrisi revient à Palerme, où il va retrouver le roi Roger II, et donner à lire au monde le résultat de ses recherches. Ne reste plus qu’à trouver la première phrase de son livre avant de débarquer : la tradition voudrait qu’elle soit destinée à louer Allah, ce qui contrarie l’esprit scientifique d’Idrisi. Il voudrait pouvoir se passer de Dieu. Mais déjà que sa passion pour les créations du monde Occidental, à commencer par les œuvres d’Homère, et sa vieille amitié avec Roger II, alias Rujari, le sultan chrétien, le font parfois voir d’un mauvais œil, il est évident qu’une telle provocation est à éviter.

Idrisi ne va de toute façon pas avoir beaucoup le loisir de réfléchir à une telle question. Dès son arrivée à Palerme, il est assailli par ses filles, qui dénoncent leurs maris, supposément liés à un complot contre le sultan. Idrisi les soupçonne de vouloir simplement se débarrasser d’eux au prétexte qu’ils ont pris d’autres femmes. Mais très vite, c’est à une véritable forêt de complots et de conspirations en tout genre qu’Idrisi va se heurter. Personne à la cour ne sera plus en sécurité : ni lui, ni le Sultan, ni le fidèle Philippe, musulman converti au catholicisme et favori de Rujari. En un mot, ni chrétiens ni musulmans ne seront à l’abri de cette vague de fond qui va mettre à genoux tout un royaume.

un-sultan-a-palerme-1301392-250-400Disons-le d’emblée, je n’ai absolument aucune idée des bases historiques sur lesquelles Tariq Ali construit Un sultan à Palerme, premier volet de son Quintet de l’Islam. Peut-être s’agit-il de pures inventions, ou au contraire d’un travail extrêmement bien documenté. Toujours est-il que la toile de fond de ce mic-mac diplomatique, soit une Sicile où coexistent parfaitement, au douzième siècle, mondes chrétien et musulman sous l’égide d’un roi érudit, est passionnant. C’est d’ailleurs tout le propos de Tariq Ali : montrer, au travers des figures d’hommes profondément pieux mais éclairés, comment la religion peut se fondre dans la société, sans pour autant s’y superposer, mais aussi comment l’obscurantisme a eu raison de ce bel idéal. Pas inintéressant par les temps qui courent…

Les puritains ont brûlé les livres savants, mis hors la loi le discours philosophique, sévi contre les érudits et les poètes, ouvrant la voie au processus qui allait permettre à l’ennemi d’infiltrer les pores de nos faiblesses et de tout détruire. Ils l’ont fait pour de nobles motifs. Ils croyaient sincèrement agir au nom d’Allah et de son Prophète. Il va de soi qu’ils ne se voyaient pas comme une monstrueuse aberration : la monstrueuse aberration, c’étaient les hérétiques et les sultans à la tête faible, qu’ils massacraient en même temps que les soldats qui la défendaient.

Malheureusement, ce propos est desservi par une intrigue bien trop foisonnante, où les trahisons succèdent aux trahisons, où une horde de personnages secondaires jaillit à tout instant de derrière une porte ou un rideau pour faire une révélation fracassante. Epuisant et embrouillé, tout ce fatras lasse vite et éloigne des considérations pourtant pertinentes de Tariq Ali sur notre société moderne, qui ressemble tellement à la Sicile du XIIe siècle…

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