Sable de Wolfgang Herrndorf

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Publié aux petites éditions Thierry Magnier, Sable nous arrive d’Allemagne déjà auréolé de plusieurs prix, et généralement salué comme un roman brisant les limites entre les genres et dont la construction serait d’une intelligence remarquable. Même si sa publication française est restée discrète, elle a été accompagnée des mêmes louanges, ici et là, dans la presse. D’abord publié en 2011, Sable est le récit de la quête d’identité de Carl, devenu amnésique après avoir reçu un violent coup sur la tête. Lorsqu’il se réveille, dans une grange au milieu du désert, son seul souvenir est celui de quatre hommes en djellaba qui l’ont poursuivi avant de l’assommer. En plus d’essayer de retrouver qui il est, il devra comprendre pourquoi plusieurs bandes mafieuses sont à ses trousses, quel rôle il a pu entretenir avec un quintuple meurtre réalisé dans une communauté hippie installée dans un riad, et surtout comment se sortir de ce pétrin.

sable herrndorfPour éviter de faire durer inutilement le suspense, disons tout de suite que je suis loin de me joindre au choeur des laudateurs de ce livre qui se veut à la fois roman policier, satire de l’Afrique coloniale et quête métaphysique. Sable est un roman qui tourne en rond indéfiniment et cherche à nous faire perdre nos repères pour nous mettre dans le même état d’incompréhension que son héros. C’est, de fait, le seul objectif qu’il parvient à atteindre, mais au prix de rebondissements tous plus embrouillés les uns que les autres. Une fois passée l’exposition, c’est-à-dire la première centaine de pages, scènes et situations se répètent au fur et à mesure que Carl reconstitue son passé. La construction du roman semble être faite pour rendre ces répétitions pesantes, et au fil des chapitres, la lecture devient une véritable lutte. Paradoxalement, l’intérêt se réveille lorsque la description de ce bout de Maghreb imaginaire et de ses habitants se met à flirter dangereusement avec certains stéréotypes racistes, mais c’est parce qu’on a du mal à croire que certains clichés sur ses habitants, violents et fainéants, soient là, sous nos yeux, dans un livre qui a reçu de multiples prix. Et pourtant…

Reste tout de même le retournement final, pas plus brillant que le reste mais qui offre, sinon une satisfaction, du moins le sentiment d’être récompensé pour avoir tenu jusque là. Herrndorf y recourt, malheureusement, à toutes les ficelles dont il se moque à diverses reprises au fil du roman concernant les histoires d’amnésique et les grandes retrouvailles avec l’identité perdue, comme s’il tombait dans un piège qu’il s’était tendu lui-même. Sable finit ainsi comme il a commencé, sans panache, vautré dans les clichés qu’il cherchait à désamorcer : un curieux objet littéraire, tout de même, car le décalage entre les ambitions d’un auteur et ce qui ressort de sa création est rarement aussi vertigineux.

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challengerl2014J’ai lu ce roman dans le cadre du Challenge 1% de la rentrée 2014 lancé par Hérisson de Délivrer des livres ; il s’agit de ma trente-et-unième participation.

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4 Comments

    • J’ai toujours beaucoup de mal à renoncer à finir un livre… Parfois, une fois la dernière page tournée, je me dis que c’est vraiment idiot de s’acharner 😀

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