Cleer de L.L. Kloetzer

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Une tour de bureaux en verre, transpercée par les rayons du soleil. Une ruche où s’activent des milliers de pions, tous dévoués à la sacro-sainte entreprise, Cleer, multinationale tentaculaire dont les activités s’étendent de la confection de bonbons à la production de petits bijoux de haute technologie. Au milieu, Vinh et Charlotte, nouvelles recrues du département « Cohésion Interne », sorte de cellule de gestion de crise où seuls les meilleurs sont acceptés. Vinh et Charlotte ont été choisis car leurs méthodes se rapprochent de celles d’agents secrets ou de héros de film de science-fiction. Car, justement, la SF, nous y sommes, bien que l’univers de Cleer ne se différencie pas tellement de celui de n’importe quelle entreprise internationale. Très peu de gadgets futuristes, pas de dystopie à proprement parler : la science-fiction ne saurait se résumer à ça et Cleer, sous-titré « Une Fantaisie corporate » est le portrait à peine grossi de notre marché du travail.

cleerAprès quelques chapitres introductifs, nous suivons Vinh et Charlotte au long de quatre missions, ni tout à fait indépendantes ni vraiment liées entre elles, comme les épisodes d’une mini-série. Au fil de leurs interventions, pour étouffer une affaire gênante de suicides en série dans un pool de télédémarcheurs ou pour comprendre une bonne fois pour toutes pourquoi une chaîne de production alimentaire tourne au ralenti, les deux héros, d’abord chien et chat, se rapprochent, apprennent à se connaître, selon les mécanismes bien rôdés du buddy movie.

Ce fonctionnement par épisodes est à la fois la force et la faiblesse de Cleer : si l’intérêt est relancé au début de chaque chapitre, le morcellement empêche L. L. Kloetzer d’aller au bout de ses idées et de construire pour de bon un discours, dont on imagine qu’il se voudrait mordant, sur les dérives du monde de l’entreprise. Quelques pistes, servant de fils rouges, sont pourtant esquissées, notamment celles de la « formation Karenberg », cours de manipulation psychologique avancée qu’est amenée à suivre Charlotte. Faute de fouiller cette invention pourtant pleine de potentiel, L.L. Kloetzer signe un roman mi-figue mi-raisin, qui finit par se limiter à une suite d’historiettes sans grande consistance.

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4 Comments

  1. Eh bien me voilà rassurée, je ne serai donc pas la seule à ne pas être tombée en pâmoison devant ce livre qui ne m’a pas toujours semblé abouti. Je l’ai trouvé trop joueur du côté des caricatures qui, à force d’être désignées comme telles, deviennent elles-mêmes des caricatures (et des caricatures d’elles-mêmes)(ouh, la phrase qui perd son sens…). Et puis, simplement, j’en suis sortie déçue et par l’écriture, et par le récit.

    • Comme je l’ai lu après la bataille, je n’ai pas souvenir de chroniques enthousiastes. Mais en effet, face à l’ambition affichée, la façon de mener le récit est bien décevante et finalement bien conventionnelle.

      • Il a tellement plu qu’il a même réussi à remporter le Prix Planète SF des blogueurs, qui chaque année prime, je ne sais comment, un des livres de SFFF que j’ai le moins aimés ;-p. Et que Kloetzer est devenu le Chevillard du monde de la SFFF pour les blogueurs du milieu (re ;-p)(ou presque).

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