Les Luminaires d’Eleanor Catton

carte constellations

Un jour de février 1866, Walter Moody débarque à Hokitika, petite ville côtière de Nouvelle-Zélande en pleine expansion suite à l’arrivée en masse de chercheurs d’or dans la région. Fuyant une histoire familiale compliquée, Walter espère faire rapidement fortune avant de rentrer chez lui, en Ecosse. C’est cependant une histoire encore plus complexe qui l’attend à Hokitika, où il va rencontrer douze hommes réunis autour d’un mystère impliquant une mort énigmatique, une disparition inexplicable, de l’or dissimulé dans les doublures d’une demi-douzaine de robes et la tentative de suicide d’une prostituée. A l’issue de sa première soirée, Walter se retrouve enferré dans ce jeu de faux-semblants où chacun de ses douze compères à quelque chose à cacher.

Les Luminaires est non seulement une histoire complexe mais surtout un roman construit selon des règles et des contraintes un peu particulières, en lien avec les signes du zodiaque. Chaque personnage représente un corps astral et chaque chapitre – correspondant à chaque fois à une journée – s’ouvre sur la position des astres à ce moment donné, lesquels influencent le déroulement de l’histoire.

luminaires cattonDepuis qu’Eleanor Catton a obtenu le Man Booker Prize, j’attendais avec impatience que la traduction française des Luminaires paraisse – le lire en anglais me semblait un peu trop ambitieux vu la taille de l’ouvrage. Sur le papier, cette construction basée sur la supposée influence des astres, qui décident donc en partie de l’évolution de l’intrigue, est extrêmement séduisante et semblait faite pour moi qui suis friand de structures originales et retorses.

En réalité, le seul parti pris structurel visible réside dans la taille des chapitres, chacun étant moitié moins long que le précédent. Ainsi, après une première partie de plus de cinq cents pages, leur volume décroît jusqu’à n’atteindre qu’une page pour le douzième et dernier. A chaque fois, ce sont plus ou moins les mêmes évènements qui sont passés en revue sous des angles différents, et les divers mystères présentés dans l’interminable premier chapitre se révèlent peu à peu.

Et les astres dans tout ça ? Peut-être que les Nostradamus en herbe reconnaitront leur rôle dans l’évolution des personnages et les interactions qu’ils entretiennent. Pour ma part, je n’ai finalement pas bien saisi quel intérêt leur utilisation présentait. Leur utilisation apparaît bel et bien comme une contrainte – comment expliquer, sinon, la rigidité extrême de l’intrigue et du rythme du roman ? – mais la structure du roman reste opaque, alors qu’elle aurait pu être un passionnant jeu de logique. Les Luminaires restera ainsi pour moi une déception cuisante, et un véritable cas d’école démontrant à quel point l’utilisation peu raisonnée d’une structure compliquée peut détruire tout plaisir de lecture.

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10 Comments

  1. « Un véritable cas d’école démontrant à quel point l’utilisation peu raisonnée d’une structure compliquée peut détruire tout plaisir de lecture. »

    Sûr que lire un livre avec le mode d’emploi peut être fastidieux ; si le cadre « contraint » canalise le travail de l’auteur ou le sort de ses routines ; il faut aussi se demander ce qu’il apporte au lecteur ; pas mal d’oulipien me fatiguent à exhiber leur mécanique ; comme un magicien qui explique ses tours au lieu de nous fasciner avec ! Idéalement, il faudrait laisser le lecteur libre de deviner les astuces ou de se laisser prendre à l’histoire. Queneau me parait un bon exemple d’écrivain qui recourt à des formes complexes sans se soucier qu’elles soient explicites au lecteur.

    Et dire que je songeais dans un coin de ma tête construire une histoire à partir d’un horoscope, et que je me demandais si quelqu’un n’avait pas déjà fait ça ! j’ai ma réponse, merci Profplatypus:)

    • Pour ma part, j’aime que la contrainte structurelle soit au minimum visible. Pas la peine d’être démonstratif, en effet, mais l’important est que le lecteur puisse la repérer. Puisque tu évoques Queneau, les contraintes mathématiques que s’imposent parfois les membres de l’Oulipo sont généralement très discrètes mais un peu d’attention suffit à les mettre à jour : le lecteur a le choix, les chercher ou faire une lecture plus « légère ». Dans le cas des Luminaires, même en cherchant bien, je n’ai pas identifié le squelette, juste noté qu’il semblait contraindre (dans un sens négatif) la narration.

  2. J’ai hésité à venir te lire. Parce que si tu avais aimé, je me retrouvais avec un pavé de plus à lire.
    Une fois de plus, il semble raisonnable de ne pas trop écouter la presse.
    Ton avis me laisse entrevoir une construction compliquée pour peu d’effet.

  3. Je l’attendais aussi ce roman. Je le tenterai sûrement, je l’ai commandé pour ma bibliothèque, mais en en attendant moins maintenant…

    • Ca reste un livre qu’il faut avoir dans un fonds de littérature anglaise, je pense, ne serait-ce qu’en raison de son Man Booker Prize… Pas sûr qu’il sorte beaucoup à long terme, par contre 😉

  4. Excellent billet qui résume complètement mon ressenti. Je me suis trainée des mois durant avec cette lecture, en attendant une étincelle, des nouveaux éléments, alors que j’aurais pu m’arrêter à la page 100. J’ai également tenté au début de comprendre l’influence de l’astrologie, mais n’ayant que très peu d’intérêt pour la chose, j’ai vite laissé tomber et ai au final trouvé tout l’effort fait de ce point de vue là plutôt inutile. Bref, un Man Booker Prize à oublier pour ma part…

    • Merci 😉 Je ne connais pas assez bien ce prix pour savoir s’il est un indicateur juste (je n’en ai lu que deux autres : la Question Finkler et Life of Pi), mais pour le coup ça ne me donne pas envie d’explorer la liste des lauréats passés…

  5. Je viens de l’emprunter à la bibliothèque… Bon… J’essaierai tout de même d’y jeter un oeil mais tout ceci n’est pas très engageant x)
    Pour ce qui est du Man Booker Price, j’ai beaucoup aimé le Julian Barnes, Une fille qui danse. Une exception, peut-être ?

    • Eh bien, bon courage 😉 L’avantage, vu que les mêmes éléments se répètent pas mal, c’est que tu verras vite si ça te plaît ou non.
      Je n’ai pas lu le Julian Barnes, mais j’en ai lu beaucoup de bien… Peut-être qu’il me réconciliera avec le Man Booker Prize !

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