Vernon Subutex 1 de Virginie Despentes

broken guitar

Plus de vingt ans après la publication de son premier roman, Baise-moi, Virginie Despentes, qui fait pourtant l’objet d’une reconnaissance critique de plus en plus unanime, reste entourée d’une aura de soufre, et conserve sa réputation d’écrivaine trash et provocatrice. Les clichés ont la vie dure et je les avais bien évidemment en tête en ouvrant Vernon Subutex, mon tout premier Despentes.

Force est de reconnaître qu’il ne s’agit pas d’un roman sage et facile, et que les problématiques abordées n’ont rien de convenu : des violences conjugales à la surconsommation de drogue en passant par le suicide ou l’extrémisme politique, la galerie de personnages qui défile dans Vernon Subutex entraîne le lecteur dans des mondes ténébreux, souvent glauques et repoussants.

vernon subutexPour autant, Vernon Subutex n’est pas pour moi un roman trash. Ce premier tome suit les errances du personnage éponyme, ancien disquaire qui n’a jamais réussi à se reconvertir et qui vient de perdre son RSA. Expulsé de son appartement, Vernon tente d’échapper à une inéluctable descente aux enfers en allant de canapé de pote en chambre d’amis d’ancienne maîtresse. Certains sont rangés et mènent une petite vie de famille ronronnante, d’autres restent accrochés à un mode de vie périmé qui les marginalise et au souvenir électrisant du Paris underground des années 80. Tous sont réunis autour d’un évènement qui a frappé Vernon de plein fouet : la mort d’Alex Bleach, chanteur à succès et acteur jadis central de cette bande de potes désagrégée.

Vernon voyage donc d’appartement en appartement, et ses déambulations donnent le tempo à la narration : à chaque chapitre ou presque, c’est un nouveau personnage qui nous guide. Xavier, un ami scénariste aux idées rances, Sylvie, une groupie un brin hystérique incapable de mettre de l’ordre dans sa vie, Marcia, une transsexuelle brésilienne, Pamela Kant, une ancienne star du porno, et bien d’autres encore tendent la main, un temps, à Vernon, trop fier pour avouer qu’il est sur le point de se retrouver à la rue. Virtuose, la narration butine de personnage en personnage, sans jamais tout à fait perdre le contact avec les yeux bleus délavés de Vernon. A travers eux se construit le portrait d’une caste de laissés-pour-compte et de paumés magnifiques, ainsi que celui d’une société gouvernée par la peur de l’Autre – Vernon, voué à devenir SDF, repoussoir par excellence, fait l’expérience de cette obscurité de l’esprit. Il découvre également que dans le noir, quelques éclats subsistent, que les plus indifférents ne sont pas ceux que l’on croit et que la plus grande générosité peut provenir de ceux que l’on considère habituellement comme des rebuts.

Vernon Subutex est, de fait, un roman qui ne fait pas de cadeaux. Occasionnellement violent, particulièrement sombre, sans complaisance ni provocation pourtant, il pourra faire froncer le nez de quelques lecteurs. Avec ses personnages aux marges de la société, il rendre difficilement dans les cases d’un roman qu’on pourrait dire « traditionnel ». Il a pourtant, dans l’ambition du projet comme dans son réalisme sans concession, quelque chose d’un roman du dix-neuvième digéré par la révolution punk. Une Comédie Humaine rythmée par les guitares de The Clash et les beats lancinants de Trentemøller qu’il faut lire absolument,

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