Dancing with myself d’Ismaël Jude

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Du début de l’adolescence à l’âge adulte, Dancing with myself, premier roman d’Ismaël Jude, raconte les premiers émois et la découverte du désir et du plaisir de son jeune narrateur. Fils des propriétaires d’une discothèque du fin fond de la campagne normande, il vit ses premiers troubles au contact des couples qui s’unissent dans les recoins de la salle et des strip-teaseuses qui viennent occasionnellement animer les soirées. Un peu plus tard, il prendra du plaisir à observer en secret une cousine, Mina, puis découvrira pour de bon les plaisirs de la chair à Paris, où la vie nocturne lui offre mille possibilités.

Fétichiste, voyeur, exhibitionniste, onaniste… Au fil de son initiation érotique, le narrateur adopte tour à tour tous les penchants. « Pour me séparer de certains de mes vices, dit-il, j’en adopte de nouveaux, plus élaborés. C’est la seule méthode dont on dispose. » Tous ces moyens de parvenir au plaisir n’ont in fine qu’un seul objectif : percer le mystère du sexe féminin, cette « chatte » ou cette « moule » qui n’a pourtant rien d’un animal, qui représente un secret qui échappe pendant longtemps à l’adolescent et dont la résolution ne satisfait pas tout à fait l’adulte.

dancing with myself ismael judeDancing with myself est avant tout, évidemment, un livre érotique, souvent cru et parfois provocant. Du genre qui gêne un peu en même temps qu’il émoustille, qu’on n’ose pas ouvrir trop grand dans le métro de crainte qu’un voisin en attrape quelques mots au vol. L’intérêt du roman ne réside cependant pas dans l’inventaire charnel qu’il propose, et son but n’est pas – ou pas exclusivement – de susciter l’excitation. Au travers de son narrateur, Ismaël Jude explore ce que la sexualité a de sombre, révèle les points de contact entre pulsions érotiques et instincts auto-destructeurs. Dans la moiteur des boîtes de nuit aux noms évocateurs comme l’Ecueil ou le Styx, dans la dissolution de soi que peut représenter le voyeurisme, dans l’ivresse de la jouissance tout simplement, notre narrateur se trouve et se perd à la fois.

Sa quête – sexuelle, identitaire, ontologique, métaphysique – est, au bout du compte, sans objet, ou plutôt son objet est en fuite perpétuelle. La hantise de la séparation plane toujours, ainsi que le spectre de la figure maternelle et de celles qui lui sont associées dans l’inconscient du narrateur. Ceci explique qu’en dépit de l’attention stylistique constante que porte Ismaël Jude à la description des ébats du narrateur – ne tombant jamais dans le ridicule pourtant si facile à atteindre lors des scènes de sexe -, Dancing with myself ne constitue pas un livre érotique tel qu’on le conçoit généralement et est, pour un premier roman, un beau coup d’essai.

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challengerl2014J’ai lu ce roman dans le cadre du Challenge 1% de la rentrée 2014 lancé par Hérisson de Délivrer des livres ; il s’agit de ma trente-cinquième participation.

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