Fonds perdus de Thomas Pynchon

Aujourd’hui est un grand jour puisqu’une malédiction vient d’être brisée : n’écoutant que mon courage, je suis venu à bout des 400 pages de Fonds Perdus, terminant par la même occasion mon premier Thomas Pynchon. C’est la fin d’une longue série noire qui m’a vu baisser les bras face à V. (trois fois dont deux en anglais), The Crying of lot 49, Mason & Dixon, Contre-Jour et L’Arc-en-ciel de la gravité.

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En suis-je fier ? Un peu. Est-ce que j’ai aimé ça ? Pas vraiment. Est-ce que je recommencerai ? J’en doute. Est-ce que je suis plus avancé maintenant ? Oui, tout de même.

Car si je m’acharnais à ce point sur les romans de Pynchon, c’est que bien qu’ils me paraissent rébarbatifs au plus haut point, il est par ailleurs évident qu’ils représentent quelque chose d’important dans la littérature américaine contemporaine. Romans-monstres mêlant érudition et culture pop, aux structures ambitieuses et au style crépitant, terreau du roman postmoderne, ils ont tout pour me plaire. Je continue à penser que, peut-être, je ne suis pas prêt à rencontrer Pynchon et que ça viendra plus tard ; mais cette fois, je vais arrêter de me forcer à en commencer un chaque année ou presque.

CVT_Fonds-Perdus_6079Venons-en à Fonds perdus et commençons par une tentative de résumé : Maxine Tarnow est une ancienne inspectrice de la répression des fraudes devenue consultante – ou plutôt une sorte de détective privé spécialisée dans les montages financiers. Approchée par Reg Despard, elle se voit confier début 2001 une enquête sur la start-up hashslingrz, qui semble n’être qu’une façade pour des transactions plus ou moins louches. De virées dans le deep web en  rencontres avec des indics ténébreux, Maxine va découvrir un réseau tentaculaire, être témoin d’une mort ou deux, mais nous laissera plutôt secs en ce qui concerne les réponses à toutes les questions que l’on se pose – c’est du Pynchon, après tout.

Tout d’abord, si les méandres du deep web et les intrications des montages financiers les plus retors vous sont tout à fait inconnus, ne comptez pas sur Thomas Pynchon pour vous expliquer quoi que ce soit. D’un côté, il est assez impressionnant de voir un écrivain de 77 ans se jouer de concepts technologiques assez pointus comme il le fait. De l’autre, on ne peut que regretter qu’il n’ait pas bossé un peu sa pédagogie à côté. Au moins est-on dans le même état d’incertitude que Maxine face à cette espèce de Purgatoire du web, dont aucune clé ne nous est livrée. Mais la lassitude pointe assez vite, et je dois avouer qu’arrivé à la moitié du roman je ne comprenais plus grand chose.

Restent quelques digressions plus emballantes, plus accessibles aussi, notamment à propos du rapport des enfants de Maxine à la technologie ou bien à propos de leur éducation dans une école basée sur la pensée d’Otto Kugelblitz, un psychologue fictif qui considère que « le cours d’une vie humaine balaye le spectre des troubles mentaux tel qu’on le connaissait à son époque – le solipsisme de la petite enfance, les hystéries sexuelles de l’adolescence et des prémices de l’âge adulte, la paranoïa de la maturité, la démence de la vieillesse… le tout préparant le terrain pour la mort, qui enfin se révèle être la santé mentale. » Ou encore le récit hilarant d’une croisière réservée aux personnalités « borderline » à laquelle Maxine participe par hasard :  « Le capitaine paraissait nerveux et ne cessait de trouver des excuses pour passer du temps sous la nappe de sa table. À peu près toutes les minutes et demie, un deejay envoyait l’hymne semi-officiel d’AMBOPEDIA, Borderline (1984) de Madonna, et tout le monde reprenait en chœur lorsqu’elle chantait « O-ver the bor-derlinnne !!! » en appuyant sur le n final. Une manière de tradition, imagina Maxine. » »

 Fonds perdus vaut ainsi avant tout par ses à-côtés. Ils sont suffisamment conséquents pour constituer un roman à eux seuls. C’est peut-être le principal avantage des oeuvres de Pynchon : elles sont suffisamment pléthoriques pour permettre d’opérer de soi-même un tri entre ce qui nous parle et ce qui nous laisse coi.

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challengerl2014J’ai lu ce roman dans le cadre du Challenge 1% de la rentrée 2014 lancé par Hérisson de Délivrer des livres ; il s’agit de ma trente-sixième participation, ce qui correspond à 6% des romans parus à cette occasion !

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5 Comments

  1. Zut alors, moi qui voulais vous tenter avec Vice caché! Comme j’adore le décalé/givré, Vente à la criée, c’est bien aussi. Mais je reconnais que c’est quand même parfois déconcertant…

  2. « Fonds perdus vaut ainsi avant tout par ses à-côtés. Ils sont suffisamment conséquents pour constituer un roman à eux seuls.  »

    On pourrait dire la même chose de V ou Vente à la criée, non ?
    V, j’avais l’impression que je n’en verrais jamais le bout et que de toute façon la trame narrative ne menait nulle part mais il y a quelques morceaux d’anthologie qui méritent qu’on s’accroche (le passage sur le génocide des Hereros étant, à mes yeux, le plus fort).

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