Le Maître du jardin de Valère Staraselski

la fontaine - allégorie cochin

Quel écrivain a réuni plus de titres pour plaire et intéresser ? Mais aussi quel écrivain est plus souvent relu, plus souvent cité ? Quel autre est mieux gravé dans la mémoire de tous les hommes instruits, et même de ceux qui ne le sont pas ? Le poète des enfants et du peuple est en même temps le poète des philosophes.(…) Dans ces moments qui ne reviennent que trop, où l’on recherche à se distraire de soi-même et à se défaire du temps, quelle lecture choisit-on plus volontiers ? Sur quel livre la main se porte-t-elle plus souvent ? Sur La Fontaine.

Ces quelques mots issus du Second Eloge de la Fontaine de Jean de la Harpe, placés en exergue du Maître du Jardin de Valère Staraselski, gardent encore une grande part de vérité un siècle et demi après avoir été écrits. Star incontestée des programmes scolaires de la maternelle au secondaire, La Fontaine est dans toutes les têtes, fût-ce par le biais d’une poignée de vers seulement, et on le redécouvre sous un nouveau jour à chaque âge. Et pourtant, à l’exception de quelques bribes, on connaît généralement très mal sa vie.

staraselski le maître du jardin la fontaineIl y a donc matière, pour un écrivain, pour rendre un bel hommage à cet esprit libre et agile du XVIIe siècle. Sa fréquentation de cercles littéraires prestigieux, son mariage forcé et malheureux avec Marie Héricart, son rapport ambivalent aux figures de pouvoir de son époque – via son amitié avec Fouquet -, ou encore sa participation à la Querelle des Anciens et des Modernes sont autant d’angles d’attaque possibles pour aborder la vie de la Fontaine.

Pour retracer les grands épisodes de la vie du fabuliste, Valère Staraselski forge quatre dialogues entre la Fontaine et différents interlocuteurs : avec le Vicomte de Turenne en pleine expédition militaire en 1652, avec deux étudiants admiratifs de son oeuvre en 1668, avec l’indéfectible ami Maucroix en 1680, et enfin avec l’abbé Pouget et un autre ami, Denis Delaine, en 1693, alors qu’il est déjà gravement malade.

A chaque fois, la Fontaine reprend le fil de sa vie, revient sur différents évènements qui l’ont marquée dans les années qui précèdent la conversation. Ce parti pris porte parfois ses fruits, notamment dans le chapitre mettant en scène Maucroix, poète et traducteur de Cicéron et Platon, qui est une charmante et paisible ode à l’amitié qui unit les deux hommes pendant cinquante ans.

Le reste du temps, cependant, le Maître du jardin reste bien trop scolaire, Staraselski se contraignant de manière fort peu naturelle à utiliser des mots d’époque qui font ressembler les dialogues à des pastiches de Molière. Le début du second chapitre notamment, où deux étudiants s’apprêtant à rencontrer la Fontaine se se rappellent l’un à l’autre tous ses hauts faits littéraires ressemble à une mauvaise scène d’exposition théâtrale, compassée et maniérée. Le roman perd dans ces moments tout son allant, bien loin de la vitalité qui caractérise l’écriture de la Fontaine : à force d’application, ce qui aurait pu être une biographie pertinente devient un récit lourd et vide de sens.

platypus fullplatypus fullplatypus halfplatypus grayplatypus gray

L’image d’en-tête est un détail d’une gravure de Cochin pour une édition de Fables choisies de 1755.

Sur le même thème :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *