La Dame blanche de Christian Bobin

manuscrit emily dickinson

On connaît sans doute trop mal, en France, l’oeuvre d’Emily Dickinson, une des figures les plus emblématiques de la poésie américaine dont la quasi-intégralité de la production fut publiée de manière posthume. Révolutionnaire pour son époque, sa poésie n’hésite pas à se jouer des règles de ponctuation et de versification. Bien qu’hermétique par endroits, elle possède malgré son caractère fragmentaire une grande puissance d’évocation, une propension à embrasser dans sa brièveté caractéristique des étendues considérables.

bobin la dame blancheDans la Dame blanche, Christian Bobin rend hommage à cette auteure qui passa l’essentiel de sa vie recluse dans la maison familiale de Ahmerst, dans le Massachussets, et dont les relations avec l’extérieur se limitaient à une correspondance abondante. Dans une prose poétique éclatée en courts fragments – se rapprochant ainsi un tant soit peu de l’écriture d’Emily Dickinson -, il retrace les grands moments de sa vie, jalonnée notamment par l’expérience de deuils nombreux et douloureux qui lui donnent une conscience aiguë, dès son enfance, de l’omniprésence de la mort.

Emily sait quelque chose que les autres ne savent pas. Elle sait que nous n’aimerons jamais plus d’une poignée de personnes et que cette poignée peut à tout moment être dispersée, comme les aigrettes du pissenlit, par le souffle innocent de la mort. Elle sait aussi que l’écriture est l’ange de la résurrection.

Le style de Christian Bobin est plein de délicatesse ; il touche juste, souvent, et entre facilement en écho avec la vie monacale d’Emily Dickinson. Sur la longueur, malheureusement, il finit par paraître trop éthéré, trop réservé. Emily Dickinson, si unique, si mystérieuse, est des personnalités qui garderont toujours un air intouchable, impénétrable ; en faire une biographie romancée est difficile : son mythe crée par lui-même une distance et fige Bobin dans une position d’adorateur d’une figure sacrée. Même si l’ensemble ne manque pas de grâce, on n’approche jamais vraiment, dans le respect infini dont témoigne cet hommage, la liberté qui caractérise la poésie de Dickinson.

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One Comment

  1. Je ne connaissais pas l’existence de ce livre. J’ai déjà lu Dickinson mais ça fait très longtemps, par contre la poésie américaine en général me plaît bien.

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