Pop et Kok de Julien Péluchon

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Au début du XXIIe siècle, une catastrophe d’échelle planétaire réduit quasiment à néant la vie sur Terre. L’origine du Souffle, ce mystérieux nuage bleu roi qui sème la désolation derrière lui, est inconnue ; ses effets eux-mêmes restent mystérieux. Pourquoi certaines personnes sont-elles restées sauves alors que toutes les autres se mettaient à fumer, comme s’ils brûlaient de l’intérieur, en dégageant une odeur de soufre ? Pourquoi, parmi les morts, certains reviennent-ils à eux sous la forme de zombies ? Voilà le genre de questions qu’on n’a pas vraiment le temps de se poser quand, comme Pop et Kok, on essaye de reconstruire un petit morceau de civilisation quelque part au beau milieu du champs de ruines qu’est devenu Rouen.

31pJIEFP-8L._SY344_BO1,204,203,200_Ce n’est pas que l’on soit sans cesse pourchassé par les zombies, comme on pourrait s’y attendre. Au contraire, leur bêtise et leur mollesse en font des travailleurs idéaux ; parqués dans une centrale électrique, ils fournissent à tous une électricité bon marché en pédalant toute la journée. Mais enfin, il faut bien vivre et Pop et Kok sont accaparés par leurs tentatives de créer un commerce prospère. Il faut dire qu’entre les deux groupes qui se sont constitués parmi les survivants, les barbares sans foi ni loi d’un côté et les adorateurs de la Verge d’Or – une icône du porno curieusement devenue leur divinité -, Pop et Kok sont passablement isolés, ce qui n’est pas très bon pour les affaires.

Entre l’électricité et le commerce, le monde post-apocalyptique de Pop et Kok n’est finalement pas si éloigné du nôtre. Il est seulement plus sale, plus sauvage et plus cruel. Ses ruines renvoient constamment au souvenir de tous les disparus emportés par le Souffle. On n’est pas là dans un joyeux désordre de zombies à la Romero, ni dans un récit de survie du style du Ravage de Barjavel – à la limite, on peut penser à une version un peu plus absurde de la Route de McCarthy, avec quelques échos de Beckett.

Car au-delà de la fin d’un monde, c’est surtout la déchéance attendue de Pop et Kok que narre Julien Péluchon. Déchéance physique – l’un d’eux perd l’usage de ses jambes et s’enfonce progressivement dans une sorte de pourrissement immobile – et morale, comme en témoignent les extraits du journal de Pop qui constituent une moitié du roman.

On ne voit certes pas toujours très bien où Julien Péluchon veut en venir. Pop et Kok est un peu trop atypique pour que l’on puisse s’amuser d’un quelconque jeu avec les codes de l’anticipation ou du film de zombies. Cette distance ambigüe par rapport au genre dont il s’inspire rend le roman parfois difficile à appréhender tant l’écart entre ses attendus et ce qu’il cherche réellement à délivrer est grand. De même, le ton de Pop et Kok est instable, non pas changeant mais plutôt hésitant, comme si Péluchon n’avait pas su trancher entre un absurde grinçant et une sorte de nihilisme plombé. Pop et Kok avance ainsi en boitillant, attachant mais guère plus vaillant que ses héros.

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L’image d’en-tête provient de l’épisode zombie de l’excellent et regretté blog Chicou-Chicou.

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