[Musique] Soko – My dreams dictate my reality

soko 2015

Qu’attendre du nouvel album de l’auteure d’un petit buzz sur Myspace en 2007 avec deux ou trois petits morceaux folk joliment bricolés mais vite oubliés, et dont la gaucherie sur scène était telle à l’époque qu’elle parvenait à créer un malaise tenace ? A priori, rien du tout. Depuis l’époque d’I’ll kill her, Soko semblait avoir plus ou moins mis sa carrière musicale entre parenthèses, en dépit d’un album sorti discrètement en 2012, pour se tourner vers le cinéma, où elle a très rapidement fait ses preuves. L’affaire aurait pu être classée.

Et puis, la voilà qui revient sous un nouvel avatar, cheveux peroxydés et esthétique punk, avec un deuxième album qui est une des meilleures surprises de ce début d’année.

soko-cover-my-dreams-dictate-my-realityLa réinvention est totale et la guitare folk est résolument mise au placard. My dreams dictate my reality s’ouvre sur I come in peace, une superbe ballade, délicate, aérienne, où une guitare étincelante et des rythmes caverneux évoquent le meilleur de Beach House. Le chant est plus volontaire, plus mature que jamais. Soko a beaucoup à faire pour convaincre ses nombreux détracteurs (la critique de Chronic’art répertorie un corpus hallucinant de Soko-bashing – disproportionné, souvent mâtiné de sexisme), et il faut souhaiter que ceux-ci aient tous la curiosité d’écouter au moins ce premier morceau qui remet d’un seul coup en question tout ce que l’on pensait savoir d’elle.

Suit une poignée de morceaux qui tiennent à la fois du punk, des Smiths, des Libertines et d’une pop bubblegum décomplexée, parfaitement raccord avec le changement d’image de Soko. Des morceaux joueurs, insoumis, dont le jouissif Who wears the pants ? qui doit autant à Blondie qu’aux riot grrrl, conçu « comme une réplque adressée à tous les démons homophobes et hypocrites ». 

Cette excellente première partie n’est cependant qu’un amuse-bouche en attendant d’attaquer le coeur de l’album. A partir du morceau My dreams dictate my reality, tout bascule et on entre véritablement dans le terrier du lapin blanc ; réverbération maximale, guitares et basses embrumées qui renvoient directement à la sainte trinité gothique de The Cure (Seventeen seconds, Faith et Pornography), que Soko cite abondamment en interview comme son groupe préféré, ou à Siouxsie & the Banshees. Elle y aborde de front toutes ses angoisses et affections psychologiques, de son angoisse chronique de la mort – liée à celle de son père, alors qu’elle avait cinq ans – au syndrome de Peter Pan, avec une sincérité frappante.

A noter aussi, l’intervention d’Ariel Pink, chouchou de la critique depuis 2010 – et à mon humble avis largement surestimé. Si les morceaux auxquels il participe ne sont pas les plus remarquables de l’album, il prête cependant sa voix à Lovetrap, un duo amoureux délicieusement kitsch, évoquant le pan plus radiophonique des années 80 tout en y apportant un petit zeste d’extravagance qui transforme l’essai. On quitte un instant le ciel gris de Manchester pour une balade sous les palmiers de Los Angeles, où Soko habite depuis quelques années. Un petit plaisir coupable au milieu d’un excellent album qui aligne les références et les collaborations sans jamais s’y noyer : il aura fallu huit ans à Soko pour y parvenir, mais cela en valait la peine.

 Ecouter l’album sur Deezer / Spotify.

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