Pas billy the kid de Julien d’Abrigeon

billy the kid photo

Parmi les figures du Far-West, Billy the Kid est une des plus connues, et comme nombre de ses confrères hors-la-loi de l’époque, le Kid a emporté dans sa tombe bien des questions.Si l’on suppose qu’il avait vingt-et-un ans lorsqu’il est mort, et si on lui attribue précisément vingt-et-une victimes, son identité exacte reste longtemps floue, recouverte par plusieurs couches de pseudonymes

Pas billy the kid n’est en aucun cas une tentative de fixer la biographie de ce héros paradoxal de l’Ouest ; ce n’est même pas l’histoire de Billy the Kid. Tout au plus est-ce l’histoire de pas Billy the Kid, comme son titre l’indique bel et bien, l’histoire de tous ceux qui furent presque le Kid, de ceux qui l’ont incarné au cinéma ou encore de cet homme qui, en 1950, déclara qu’il était le véritable Kid et que celui abattu par Pat Garrett n’était qu’un anonyme.

pas-billy-the-kid-de-julien-d-abrigeonCe que ces hommes ont en commun, c’est de se projeter dans l’image du héros, de se construire eux-même en tant que héros via la figure de Billy the Kid. Et même, cela leur fait un point commun avec celui-ci, ce William Henry McCarthy qui ne devint Billy que par imitation de modèles que sont Jesse James et son frère Frank.

En mourant avant eux, Billy n’a jamais su la fin de Frank & Jesse James, ses héros, ceux qu’il avait toute sa vie tenté d’égaler.

Je suis un héros car je meurs comme mes héros.

Je suis un héros pour mes héros. Je suis un héros.

Je suis Frank & Jesse James car je suis Billy the Kid.

William H. McCarthy, aussi connu comme Kid Antrim et William H. Bonney fut à peine plus Billy the Kid que tous ceux-là, lui qui n’a sans doute pas vécu sa propre légende mais une version allégée, beaucoup moins belle car la vie n’arrive jamais à égaler la légende ; lui qui n’a peut-être bien tué que neuf personnes, et non les fameuses vingt-et-une, qui n’a peut-être pas été fauché à cet âge si glorieux de vingt-et-un ans par Pat Garrett.

Cette réflexion sur l’identité et sur la façon dont les mythes finissent par prendre l’air de vérités rappelle un autre récit, paru plus récemment : Tristesse de la Terre, d’Eric Vuillard, dans lequel l’auteur déconstruisait la façon dont l’imagerie du spectacle créé par Buffalo Bill s’est substitué à la réalité pour devenir notre unique référence en ce qui concerne cette partie de l’histoire de l’Amérique. Ces deux lectures se complètent et se répondent, le texte de Vuillard constituant une médiation sur la capacité de chacun à réécrire a posteriori sa propre histoire tandis que d’Abrigeon examine plutôt comment l’imaginaire collectif modèle nos identités, dépassant même le cadre de l’intime pour investir des schémas sociaux, pour servir de terreau à l’image qu’a de lui-même tout un pays :

Cette Amérique-là [qui] voudra toujours la peau de l’autre, puis se nourrira de sa violence pour exister et pendre afin d’endiguer cette violence qu’elle engendre pour exister.

Publié il y a dix ans, Pas billy the kid projetait ainsi l’image du Far-West sur la fin des années de la présidence Bush. Loin de s’y cantonner, il reste aujourd’hui – et à la lumière de récents évènements – d’une étonnante perspicacité, tant il semble vrai que Billy the Kid et Pat Garrett continuent à produire de nouveaux émules.

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L’en-tête provient d’un article concernant la découverte d’une photo représentant possiblement Billy The Kid, qui est ici superposée à la seule qui ait jamais été authentifiée.

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4 Comments

  1. Je le note … Pas étonnant qu’on parle « des mythes » du Far West … L’histoire on la crée et on la refait.

    • En effet… Et le petit morceau d’histoire qu’est celle du Far West est particulièrement propice à ces réinventions, semble-t-il !

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