Dans les bois éternels de Fred Vargas

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Autant l’avouer tout d’entrée : je ne lis jamais de polars, je n’aime pas ça. Certains peuvent se creuser la tête pendant trois cent pages pour découvrir avant le héros qui a tué le Colonel Moutarde dans la chambre jaune avec le premier volume des oeuvres complètes d’Agatha Christie ; pour ma part, si je suis d’humeur, j’attends que ça se passe en m’ennuyant poliment ; si ce n’est pas le cas je vais directement voir la fin et baste. Je ne sais pas ce que c’est de finir de lire à trois heures du matin parce qu’on veut absolument connaître le fin mot de l’histoire : en toute simplicité, je m’en tape.

C’est donc avec des attentes plus que mesurées que j’ouvrais Dans les bois éternels, même si Fred Vargas, vu son succès critique et public, faisait partie des auteurs que je m’étais juré de lire un jour.

vargas dans les bois éternelsTout commence par un double meurtre : deux types égorgés au nord de Paris. Sans doute des trafiquants quelconques victimes d’un règlement de comptes. Une affaire pour la brigade des Stupéfiants. Mais le commissaire Adamsberg, de la Criminelle, a une intuition. Il doit faire vite pour prouver que les deux hommes ont à voir avec une histoire de plus grande envergure, sinon l’affaire lui sera retirée. Son seul indice : un peu de terre coincée sous leurs ongles, qui va le mener dans un cimetière où une tombe profanée le mettra sur la piste d’une tueuse en série mystique.

Passons sur le cliché que constitue le personnage du héros en rupture avec sa hiérarchie et une partie de ses collègues, le flic exceptionnel doté d’un flair démentiel et dont les illuminations se vérifient toujours. Adamsberg est de loin le personnage le plus fade et le plus agaçant de ceux qui défilent sous la plume de Fred Vargas. Fort heureusement, les personnages secondaires compensent largement ce défaut et constituent même le principal attrait de Dans les bois éternels. De la nouvelle recrue imprégnée des tragédies de Racine qui s’exprime régulièrement en alexandrins aux piliers d’un bar de la campagne normande, ils composent un tableau coloré et inventif.

L’intrigue quant à elle embraye prend assez vite de la consistance, des sacrifices de cerfs, un vol de reliques et la découverte d’un grimoire nourrissant la quête d’Adamsberg. Quelques clichés là aussi, mais tout cela donne finalement au récit une tournure gothique des plus séduisantes. Et comme Vargas finit par tourner autour de certains de mes dadas – la symbolique animale dans la pensée chrétienne, les interactions entre celle-ci et les superstitions païennes, entre autres -, je me suis plutôt pris au jeu. Il est dommage qu’un twist final passablement bancal, pour ne pas dire inepte, vienne saper ces efforts qui faisaient de Dans les bois éternels un polar plutôt solidement construit.

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