[Playlist] David Bowie (1971-1980)

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La semaine dernière, j’ai vu in extremis l’exposition David Bowie Is à la Philharmonie, juste avant qu’elle ferme ses portes. Je ne remuerai pas le couteau dans la plaie pour ceux qui l’ont ratée, mais disons simplement qu’au-delà de l’excitation provoquée par les nombreux costumes mythiques et autres notes manuscrites, c’était un plaisir absolu de s’immerger dans un choix de morceaux et de performances toutes plus électrisantes les unes que les autres et mises en valeur par une scénographie d’une intelligence rare. Suite à cette délicieuse expérience, je suis depuis une dizaine de jours coincé dans une spirale infernale qui fait que plus j’écoute Bowie, plus j’ai envie de l’écouter. J’ai découvert les quelques albums qui manquaient à ma collection, plongé dans les innombrables bootlegs des années 70,  usé encore une fois jusqu’à la corde les classiques indépassables que sont Hunky Dory ou The Rise and Fall of Ziggy Stardust.

Pour satisfaire ma passion du moment, je vous propose donc ce soir un petit panorama des années 70 de Bowie (en attendant peut-être une deuxième fournée pour les années 80 à 2000), sa période la plus féconde, non pas à travers les tubes qui l’ont rendu célèbre mais via une poignée de titres moins connus, parfois sortis en singles mais ignorés par la plupart des compilations, et qui figureraient sur mon best-of personnel. Rien de très neuf pour les amateurs éclairés, mais si vous n’êtes pas particulièrement familiers de l’oeuvre de Bowie, voilà de quoi aller au-delà des éternels, Heroes, Rebel Rebel ou Space Oddity.

La playlist complète (avec quelques bonus) sur Deezer / Spotify

The Bewlay Brothers [1971, Hunky Dory]

Hunky Dory est le premier album de Bowie que j’aie écouté, et reste un de mes préférés à ce jour. Je ne crois pas que Bowie ait écrit de balade folk plus parfaite que The Bewlay Brothers, une mélodie aussi pure, qui se laisse à peine troubler par le grain de folie grimaçante qui guette au détour du refrain. Un équilibre idéal entre épure et tension dissonante.

Lady Grinning Soul [1973, Aladdin Sane]

Choisie pour refermer Aladdin Sane, Lady Grinning Soul ne ressemble à rien d’autre dans la discographie de Bowie. Avec son piano à peine souligné par une guitare, ses envolées vocales vers de précieux et fragiles aigus (les notes les plus hautes qu’ait atteint Bowie en studio), Lady Grinning Soul est d’une renversante beauté, vénéneuse et romantique.

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Big brother [1974,Diamond Dogs]

Parmi les grands albums de Bowie des années 1970, Diamond Dogs est régulièrement oublié et c’est un mystère pour moi. Entre la première partie, où dominent les deux tubes que sont la chanson-titre et Rebel Rebel, et la seconde qui présente un court cycle de chansons inspiré par 1984, Diamond dogs est à mon avis du même niveau qu’un Ziggy Stardust, avec même une pointe de radicalité supplémentaire. Big brother, avec son refrain imparable et sa mélancolie rageuse, fait partie de ses sommets.

Word on a wing [1976, Station to station]

Ecrit du fond du gouffre, Station to Station est l’album où la voix de Bowie est la plus suave. Le personnage du Thin White Duke, crooner hypocrite et dépourvu d’émotions, n’y est pas étranger ; il nous offre avec la reprise de Wild is the wind, la chanson-titre ou encore ce Word on a wing, les plus belles performances vocales de Bowie. Témoin d’un début de crise mystique à cette période, Word on a wing est un appel à l’aide lancé dans le vide, un bouleversant récit d’une lutte de l’homme avec des forces qui le dépassent.

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Breaking glass [1978, Low]

Une des caractéristiques de Low, le premier album de ce qu’on appelle la « trilogie berlinoise », est de faire la part belle à des chansons très courtes, la plupart ne passant pas même la barre des trois minutes – bien loin des formats longs qui prévalaient sur Station to Station. Cela donne soit des chefs d’oeuvre de concision, soit de petites chansons auxquelles il semble manquer des morceaux. Breaking glass, avec ses deux minutes à peine, appartient plutôt à cette deuxième catégorie. Bien loin de l’aridité de la seconde partie de l’album, elle développe brièvement une mélodie brute qui évoque déjà Scary Monsters. Qu’elle soit aussi courte est extrêmement frustrant, mais rien n’interdit de rester bloqué sur repeat.

Beauty and the Beast [1977, « Heroes »]

« There’s Old Wave. There’s New Wave. And there’s David Bowie. » disaient les pubs pour « Heroes ». Très clairement, pour que Beauty and the Beast, deuxième single de l’album, marche un peu mieux qu’il ne l’a fait, il aurait peut-être fallu qu’il sorte cinq ou dix ans plus tard. Il y a déjà dans Beauty and the Beast tout ce que les années 80 feront de plus étrange et de plus menaçant ; j’y trouve, sous des accents un peu plus krautrock, quelque chose de similaire au Dreaming de Kate Bush. Ca ne pouvait clairement pas marcher en radio, mais c’est toujours aussi impressionnant quarante ans après.

Move on [1979, Lodger]

Lodger est très loin de figurer parmi mes albums favoris de Bowie mais je trouve un charme certain à ce Move on, ode à la bougeotte qui combine des accents latins au son monochrome caractéristique des années berlinoises. Une petite dose d’étrangeté est ajoutée par l’utilisation à l’envers de la partie vocale d’All the young dudes, l’hymne glam écrit par Bowie pour Mott the Hoople au début de la décennie.

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Up the hill backwards [1980, Scary Monsters]

Dernier single de l’album Scary Monsters, Up the hill backwards est un des passages les plus apaisés de cet album particulièrement incisif et intense. Elle détonerait même dans son atmosphère très sombre, si l’ambiguité du texte et la présence sporadique d’une guitare distordue ne suffisaient pas à jeter un voile d’angoisse sur ses choeurs presque rieurs. Là encore, un brillant exercice d’équilibre qui révèle un abîme derrière une façade allègre.

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One Comment

  1. J’avais fait l’expo à Toronto, et effectivement ce fut une joie d’être immergée dans l’univers de Bowie. J’ai beaucoup aimé la vidéo qui explique comment il écrit des nouvelles chansons 🙂
    Tout un mythe…

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