Annabel de Kathleen Winter

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Dans un village perdu dans la nature rude et sauvage de Terre-Neuve, naît à la fin des années 60 , un bébé au sexe imparfaitement formé, indéterminé. Sa mère tente de cacher un temps sa particularité physique au père, un homme plutôt rustre et brutal. Mais bien vite, les médecins insistent, une décision doit être prise : le bébé sera opéré, et son sexe choisi par ses parents. Ce sera un garçon, Wayne. Pourtant, la mère regrette d’avoir, par ce geste chirurgical, perdu la petite fille qu’elle imaginait. Wayne, tiraillé entre deux identités, va passer toute sa jeunesse à payer les pots cassés de cette décision prise trop vite.

CVT_Annabel_1832Il y a évidemment de quoi faire ici un très beau roman sur l’identité sexuelle et le genre. Annabel/Wayne est un être de l’entre-deux, dont l’intérêt est de représenter une situation très particulière ; si Wayne finit par souhaiter changer de sexe, cela s’explique a priori par cet évènement originel qui explique sa dualité : il était effectivement et dès sa naissance à mi-chemin entre les deux sexes. Il constitue ainsi une sorte d’archétype, quasi-mythologique (à l’image d’Hermaphrodite, abondamment cité au début du roman), de l’indétermination des sexes.

Mais ce qui pourrait être une force devient rapidement une faiblesse. Kathleen Winter peine à élaborer un discours réellement solide sur la question du genre et trop de choses se mélangent dans Annabel : l’indétermination biologique, le poids des projections parentales sur leur rejeton, une possible immanence de l’identité de genre, mais aussi une vision quelque peu étrange qui fait de Wayne une sorte de demi-réincarnation d’une première Annabel, fille de l’accoucheuse disparue dans un accident sur la rivière, ou de sa dualité une lutte entre des forces obscures, masculin d’un côté et féminin de l’autre.

Tout ça est fort embrouillé et, au bout du compte, ne présente qu’un intérêt limité, faute de donner une vision moins étriquée de ce que signifie être transgenre, une vision moins romantique (voire mystique) de ce que cela représente de naître intersexué. Le reste du roman, qui fait la part belle aux paysages indociles de Terre-Neuve, n’est guère plus satisfaisant, baignant dans une philosophie de la Nature à peu près aussi profonde que la chanson l’Air du Vent dans le Pocahontas de Disney. Une immense déception, donc, après les louanges de (presque) toute la blogosphère ; le seul point positif est qu’Annabel m’a donné envie de relire Middlesex d’Eugenides qui, si mes souvenirs sont bons, s’emparait d’un sujet similaire avec bien plus de finesse.

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2 Comments

    • Je pense n’avoir lu que du positif, moi aussi… Je suis peut-être un peu trop exigeant pour le coup, mais c’est une problématique qui m’intéresse beaucoup, sur laquelle je me suis pas mal renseigné, et je trouve qu’ici elle n’est pas traitée avec suffisamment de justesse.

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