La Gifle de Christos Tsiolkas

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Dans une banlieue pavillonnaire de Melbourne, un simple barbecue dominical entre amis tourne au pugilat :  un des adultes présents ose gifler l’enfant (insupportable) d’un autre couple. La gifle fait l’effet d’une bombe : le groupe se délite, explose, se recompose autour de deux pôles, d’un côté ceux qui légitiment ce geste, de l’autre ceux qui n’admettent pas que l’on puisse toucher un enfant.

La Gifle se déroule sur quelques mois et dissèque cette lente montée des antagonismes entre les différentes familles et parfois jusqu’au sein des couples, tendant vers un procès entre les deux parties qui cristallisera toute cette tension.

la gifle tsiolkasTsiolkas choisit, pour analyser chacune des retombées de l’incident, de changer de focale à chaque chapitre : on entre dans le roman au travers du regard d’Hector, l’hôte du barbecue, qui évoque une version plus vile encore du personnage de Kevin Spacey dans American Beauty. Il reste un pivot de l’intrigue, puisque c’est son cousin, Harry, qui a giflé l’enfant, mais que la mère de celui-ci est aussi la meilleure amie de sa femme. Chacun de ces acteurs du microdrame, et bien d’autres, auront droit à leur chapitre, ce qui permet à Tsolkias non seulement d’envisager tous les aspects de l’onde de choc, mais aussi de passer au scanner une bonne partie de la société australienne, le petit groupe représentant un certain nombre de minorités  – musulmans, grecs orthodoxes, homosexuels – plus ou moins bien acceptées.

Malgré cette multiplicité des points de vue, il m’a semblé que Tsiolkas ne parvenait pas à conserver une totale neutralité dans l’affaire ; la balance semble clairement pencher en faveur de Harry, les parents du petit Hugo étant présentés comme des semi-hippies qui transforment leur enfant en petit prince capricieux. Ce léger travers se double d’une tendance à grossir le trait qui finit par nuire au travail de radiographie de la société : à mesure que le vernis des conventions craque, les familles bien sous tous rapports dévoilent des réserves de haine et de violence un brin démesurées. Avec des mécanismes relativement proches, La Gifle n’atteint pas par exemple la finesse d’un Dieu du Carnage en dépit de sa construction brillante

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