Faillir être flingué de Céline Minard

le bon la brute et le truand

« Un western plein de souffle, d’ humour et de beauté sauvage », « un grand roman saisissant de maîtrise, mais aussi souvent époustouflant de beauté », « sacrément bien construit et exécuté avec tout ce qu’il faut d’irrespect pour la tradition », « roman polyphonique et virtuose sur le destin des pionniers du Nouveau Monde », « cette langue somptueuse aux allures de chant par laquelle le roman prend des airs d’épopée »…

Oui, quand je passe particulièrement à côté d’un roman qui a reçu des critiques élogieuses, j’aime bien aller les relire attentivement pour essayer de confronter ma lecture à ces points de vue. L’exercice est assez inutile puisque j’en ressors à peu près toujours sans revoir mon jugement et avec en plus l’impression que tous ces gens sont fous/bourrés de coke/grassement payés sous la table (ici, vu l’éditeur, je ne retiendrais pas cette hypothèse) et que je suis la dernière personne sensée sur cette terre – car il est important d’avoir une bonne estime de soi. Mais tout de même, pour Faillir être flingué, je me sens très seul. Tout juste ai-je pu compter sur le billet de Tu vas t’abîmer les yeux pour trouver un peu de compagnie – merci à elle.

faillir etre flingue.inddReprenons rapidement pour ceux qui n’auraient pas suivi : Faillir être flingué est donc un western, ça oui, indiscutablement polyphonique, puisque l’on suit un nombre tout à fait conséquent de personnages, virtuose très certainement dans la mesure où la succession des points de focale en cercles de plus en plus serrés au fil de l’avancée du récit révèle une vraie intelligence dans la construction.

Et puis, c’est quand même le mot qui revient le plus souvent, c’est un roman épique. Alors d’accord, c’est bourré de cris de sioux, de chevauchées plus ou moins fantastiques, de balles sifflantes, d’errances dans des plaines désertiques, et tout ce qu’on veut. Et pourtant, ce qui domine, c’est justement le vide de ces espaces encore vierges. Non pas un vide excitant, plein de promesses et de potentielles épopées, mais un vide fait d’attente, d’incertitude, d’ennui. Un vide à se flinguer, en un mot.

Il se trouve que le western ne fait pas partie, loin de là, de mes genres de prédilection. Cependant, j’ai lu récemment deux petits bouquins qui m’ont fait reconsidérer ma vision du genre : Tristesse de la terre d’Eric Vuillard et Pas billy the kid de Julien d’Abrigeon. Contrairement à Faillir être flingué, ces deux-là ne sont pas des westerns pur jus, ne serait-ce que parce qu’ils échappent totalement à toute logique narrative classique ; mais ils mettent admirablement en valeur certains mécanismes qui sous-tendent le genre : l’opposition entre le monde sauvage et la civilisation, et l’opportunité que représente cette page de l’histoire en train de se faire pour des hommes qui peuvent construire eux-mêmes leur propre mythe. Certains critiques notent les mêmes thématiques chez Céline Minard ; pour ma part, je les ai trouvées infiniment moins bien exploitées. Certes, la convergence de tous les personnages vers une cité-champignon participe du même ordre d’idées, mais celles-ci ressortent peu dans ce melting-pot d’intrigues qui, pour mettre en scène des squaws chamanes et des fous de la gâchette ne parvient pourtant jamais à rendre l’aspect mythique de la conquête de l’Ouest.

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Les critiques citées au début de l’article viennent, dans l’ordre, du Monde, de Télérama, de Chronic’Art, du Figaro et de Elle.

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9 Comments

  1. Ce livre me tentait, sûrement avais-je lu les bonnes critiques Presse. Cette semaine, j’ai lu l’avis de Tu vas t’abimer les yeux, je me suis donc précipitée sur le tien. Et tu confirmes cette impression. Je le retire donc de ma liste des emprunts en bibliothèque.

    • Si jamais tu tombes dessus à un moment, lis les premières pages : j’ai senti dès le début que ce n’était pas pour moi ! Mais vu le nombre de bonnes critiques, peut-être qu’elles te convaincront…

    • Je l’avais raté ! Ca me rassure… Et depuis que j’ai publié ce billet, plusieurs personnes m’ont dit (de vive voix) que ce roman les avait gonflées, donc je me sens moins seul 😀

      • merci pour le clin d’œil, j’avoue que je ne comprends toujours pas comment ce livre a pu recevoir autant de critiques élogieuses…encore, s’il était facile à lire, accessible à un large public, pourquoi pas – mais ce n’est franchement pas le cas…mystère…(de l’Ouest)

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