Dans la queue le venin de Claro

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Dans l’avion qui l’emporte, que dis-je, qui la transporte jusqu’aux portes d’Istanbul, la fringante Pomponette Iconodoule – et je te jure, lecteur, que c’est là son véritable alias ! – s’interroge. Et par là même interroge en elle tout locataire d’ici-bas voué aux errances. Elle se demande bien, se demande mal aussi, pourquoi elle a choisi, en guise de destination, pour ne pas dire de destinée, Istanbul plutôt que Culmont-Chalandrey ou Chicago, quand soudain ! cliqueti cliqueta ! un bruit de glaçons qui dansent, de bouteilles riquiquis qui cliquettent (tels de tintinnabulesques clitoris, pense, musicale, Pomponette), le frou-frou celluloïdal de micro sandwiches emballés, les puissants bâillements des journaux internationaux déployant leurs ailes mouchetés de caractères noirs et boursiers, bref, une symphonie qu’aucune baguette ne saurait dompter et qui s’accompagne d’une ola d’affamés humains entassés dans l’habitacle de l’avion().

Pomponette Iconodoule se rend donc à Istanbul – pas seulement pour jouer les touristes mais aussi et surtout pour retrouver Soliman Rastaquouère, son amant de quelques nuits retourné dans sa Turquie natale en laissant un vide certain dans la vie de ladite Pomponette. Elle n’est d’ailleurs pas bien sûre de le retrouver – sans son adresse, évidemment, cela peut se montrer compliqué – mais même en envisageant le pire, Pomponette devrait bien trouver de quoi satisfaire ses appétits à Istanbul.

CLARO-COUVERTURECar il est question d’appétits en tous genres dans ce Dans la queue le venin :  sexuel bien sûr – on nous a promis un conte érotique -, mais aussi gourmand. D’ailleurs, on passera plus volontiers à l’acte du côté de la bonne chère que de la chair elle-même. Il est vrai que les deux peuvent aisément se rejoindre, et si vous avez lu le premier paragraphe du roman, cité en introduction, vous aurez noté que déjà la faim des passagers de l’avion et leurs premières cibles – glaçons et sandwiches – préparent bien le terrain. Toujours est-il que Claro joue un peu avec nos nerfs, non que j’attendais une stimulation érotique particulière, dans la mesure où ce genre ne m’aiguillonne que rarement, mais parce qu’au final, notre Pomponette se révèle être une compagne de voyage bien moins amusante que son divin patronyme le laissait envisager.

De fait, elle ne va nulle part, notre Pomponette, et Claro la suit. Qu’est-on censé retirer de cette vague errance de 150 pages dans les rues d’un Istanbul à peine esquissé ? On se fait plaisir, à l’occasion, avec un jeu de mot particulièrement bien troussé et truculent, mais il faut reconnaître que c’est au prix de tartines de paronomases hasardeuses et de calembours légèrement laborieux. Claro, lui s’amuse certainement ; Dans la queue le venin ressemble en tout cas à une petite récréation, un jeu pleinement inoffensif qui lui permet peut-être de se dégourdir les méninges tout en restant à bas régime. Reste à espérer que Crash-test, prévu à la rentrée, le verra en meilleure forme.

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Du même auteur : Chair électriqueCosmoZ, Crash-test

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5 Comments

  1. J’ai entendu l’auteur en lire des morceaux. Je suis sûre que la version complète et papier ne m’aurait pas plu.

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