Farigoule Bastard de Benoît Vincent

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Farigoule Bastard est le premier récit régionaliste mais dans le bon sens du terme.

Cet item, un parmi de très nombreux figurant dans une liste placée au beau milieu de Farigoule Bastard (dont « Farigoule Bastard est le premier récit picaresque de vioques » ou « Farigoule Bastard est le premier récit de voyage sur place ») m’a particulièrement fait sourire. Il est vrai que la littérature régionaliste n’a pas bonne presse, et que je ne penserais jamais à en lire. Pourtant, parmi les raisons pour lesquelles j’ai eu envie de lire Farigoule Bastard se trouve ce nom improbable, ce Farigoule, autre nom donné au thym en Provence, qui sent si bon mon sud natal. Et au fil de ma lecture, je me suis accroché à d’autres noms qui m’y ramenaient – les villages d’Eyzahut, de Mévouillon – et aux régionalismes qui peuplent la langue de Farigoule Bastard – ceux que je connais comme le poët ou la baisse, et d’autres inconnus, comme le crau – dont j’apprends, donc, qu’il s’agit d’une « plaine semée de pierres et de galets arrondis, couverte d’une steppe propice aux activités pastorales ».

benoît vincent farigoule bastardPour autant, en dépit de son cadre et de sa tendance à égrener des termes locaux, Farigoule Bastard n’a guère de points communs avec ce qu’on a coutume d’appeler le roman régionaliste, ne serait-ce que parce que sa forme éclatée, sa narration en pointillés le place plutôt du côté du roman expérimental.  L’intrigue annoncée, d’ailleurs, ne se réalise qu’à peine : au début du roman, Farigoule Bastard, berger de son état, est appelé à Paris pour l’inauguration d’une rétrospective de son oeuvre. Lui n’est pas conscient d’avoir réalisé quoi que ce soit qui puisse porter le nom d’oeuvre, mais qu’importe, étant du genre complaisant il se prépare à partir pour la capitale. Avant cela, il lui fait saluer quelques-uns de ses voisins, et notamment Picris, l’ami facteur, et la Vieille, dont les relations avec notre héros restent floues.

Pour faire bref, on ne verra pas vraiment Paris, mais Benoît Vincent nous fait en revanche parcourir en long, en large et en travers les plaines, les forêts et les escarpements de la Drôme Provençale, adaptant son style à chacune de ces étapes. Chaque chapitre semble bénéficier de son style propre. La langue se fait parfois très ardue, poétiquement abstraite, difficile à saisir ; parfois particulièrement sensuelle, épousant les contours d’une nature abondante ; parfois minimale, comme pour mieux respecter le côté taiseux et taciturne de Farigoule et de ses connaissances.

L’expérience que propose Farigoule Bastard reste frustrante en raison de son aspect très fragmentaire, hérité des expérimentations de Benoît Vincent sur des formats numériques où l’hypertexte est roi. Mais la façon dont il fait éclater toute limitation de genre tout en faisant surgir, ici et là, quelques éclats poétiques en fait un objet textuel indéniablement original qui mérite le coup d’oeil.

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