Le Bavard de Louis-René des Forêts

monsieur bavard

A l’occasion de la publication d’un Quarto reprenant les oeuvres complètes de Louis-René des Forêts, on a pu lire dans la presse spécialisée et même ailleurs quelques articles sur cet auteur disparu en 2000. Une expression y revenait à tous les coups ou presque : Des Forêts était un « écrivain pour écrivains ». Ce qui signifie en général qu’il s’agit d’un auteur qui n’a jamais connu de véritable succès public et dont l’oeuvre se révèle passablement hermétique. Ordinairement ça ne me fait pas trop peur, ce doit être l’écrivain qui sommeille (profondément) en moi qui fait ça.

De fait, c’est un écrivain qui signe la quatrième de couverture du Bavard dans la collection L’Imaginaire de Gallimard ; une quatrième d’écrivain pour écrivains aussi semble-t-il, la boucle est bouclée, où Pascal Quignard nous indique, nous annonce, nous apprend, je ne sais pas très bien, que « Le Bavard, pure contamination des mots les uns avec les autres, étend cette contagion avec une rage qui offre peu d’exemples à l’ensemble des protagonistes du drame, gagne à sa cause délétère les figures mêmes de l’auteur et du lecteur, provoquant de la sorte un rare et extraordinaire malaise. »

le bavardSi ça ne cause pas à votre écrivain intérieur, je vous déconseille la lecture du Bavard. Car, aussi abscons que puisse paraître le début de ce texte de Guignard, il correspond effectivement tout à fait au roman de Des Forêts. L’histoire, embryonnaire, est simplement l’occasion pour un narrateur bien bavard, comme le titre l’indique, de déverser une logorrhée proprement hallucinante, qui peut se révéler tour à tour extrêmement éprouvante et parfaitement hypnotique. Les phrases s’étirent, se déplient, ne semblent jamais pouvoir trouver de fin, comme si leur auteur cherchait à les épuiser totalement, et le lecteur avec.

A force, cette « contamination des mots les uns avec les autres » semble devenir elle-même le moteur d’une action qui, si elle reste minimaliste, se charge brusquement d’une violence inattendue. Pour être tout à fait honnête, mon écrivain intérieur a abdiqué avant la fin et je ne saurais vous expliquer tous les tenants et aboutissants de ce qui constitue le coeur de l’intrigue du Bavard dans la mesure où j’ai eu recours à la bonne vieille méthode de la lecture en diagonale – très oblique, la diagonale. Car si le style de Louis-René des Forêts est admirable – et peut aller jusqu’à provoquer le malaise dont parle Guignard -, il m’a semblé que le Bavard ne résistait pas à la lecture une fois son système élucidé. Le concept est puissant, et il fallait être un écrivain d’envergure pour le réaliser, mais il n’est jamais qu’un concept, auquel il manque trop de chair pour faire un roman réellement convaincant.

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Ceux qui ont gardé un peu de leur âme d’enfant auront reconnu un morceau de Monsieur Bavard en en-tête.

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3 Comments

  1. en fait je croyais que nous parlerais de M. Bavard… J’ai eu en mains un livre de Des Forêts, mais il n’y est pas resté longtemps, en fait rien ne m’y attirait

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