A la recherche de New Babylon de Dominique Scali

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Depuis quelques années, j’ai l’impression que le Far West fait un retour tonitruant en littérature. J’ai déjà eu l’occasion de le dire lorsque j’ai écrit mon billet sur le décevant Faillir être flingué de Céline Minard : le western est loin d’être mon genre de prédilection ; au cinéma, c’est même quelque chose que j’ai tendance à fuir comme la peste. Mais c’est justement, je crois, ce manque d’intérêt initial qui me pousse à lire des textes s’insérant dans cet imaginaire : j’ai envie de savoir ce que des auteurs peuvent trouver à dire à partir de ce genre qui m’ennuie, vers quelles limites ils peuvent réussir à le repousser.

Dans le cas de A la recherche de New Babylon, je ne peux que me féliciter d’être passé outre mes réticences. Le roman de Dominique Scali, jeune auteure québécoise, est en quelque sorte l’antidote au Faillir être flingué de Minard, auquel je n’ai pas pu m’empêcher de le comparer tout au long de ma lecture.

Le dispositif, au départ, est similaire : les deux romans nous proposent de suivre une poignée de personnages quasi-archétypaux : ici, quelques aventuriers qui évoluent sur le fil de la loi, un ou deux shérifs, des tenanciers de saloon et des chercheurs d’or peu scrupuleux et, au gré de ce qui s’apparente à un long road trip, des êtres plus banals, plus tranquilles, composant des familles puritaines retirées du grand chahut qu’est la conquête de l’Ouest.

NewBabylon-C1-226x339On ne se perd pas pour autant chez Scali comme on peut le faire chez Minard : un personnage sert de fil rouge au roman, le révérend Aaron, étrange prédicateur quasi muet, que l’on rencontre d’abord avec les deux mains coupées, le reste du roman déroulant l’histoire menant à cette mutilation. C’est par son biais que l’on rencontre les autres protagonistes : Charles Teasdale, qui a réussi l’exploit d’échapper à la pendaison à neuf reprises – dont une grâce au révérend -, Pearl Guthrie, jeune femme ordinaire qui quitte sa mère pour se mettre à la recherche d’un mari, si possible dans une ville mal famée, et Russian Bill, un mythomane notoire qui prétend avoir tué cent hommes.

L’autre grande différence avec le roman de Céline Minard tient dans les espaces qu’occupent ces personnages : Faillir être flingué était un roman de la plaine, de l’espace vierge – qui avait tendance à le rester. A l’opposé, A la recherche de New Babylon est un roman des villes, de ces cités sorties de terre en quelques jours où règne l’agitation la plus chaotique, où le premier arrivé est aussi le premier servi et peut se rêver maire, un bon moyen de faire fortune. La plaine, si elle est vierge, ne le reste généralement pas très longtemps : même les endroits les plus improbables sont susceptibles de se transformer en un tour de main en un assemblage baroque et grouillant de bâtisses hâtivement construites. New Babylon, c’est justement ça : le rêve d’une ville et une ville de rêve, celle qui polariserait tout ce que le Far West compte d’individus mythiques, qui serait la ville la plus industrieuses, la plus bruyante et aussi la plus dangereuse de l’Ouest.

Car ce que cherchent tous les personnages de A la recherche de New Babylon, c’est un destin d’exception, vivre une histoire qui soit digne d’être racontée. Pour cela, il faut au besoin inventer, comme Russian Bill, ou se réinventer comme Charles Teasdale qui change de nom comme de chemise. C’est cette capacité de réinvention qui est au centre du roman de Dominique Scali, comme il l’était dans Tristesse de la terre d’Eric Vuillard et Pas Billy the Kid de Julien d’Abrigeon. C’est là tout l’intérêt, me semble-t-il, du retour du Far West dans la littérature actuelle : les auteurs qui s’en emparent creusent un sillon commun, celui du rapport entre réalité et fiction dans un monde où chaque personnage se considère comme une page d’histoire en train de s’écrire. Dans cette perspective, l’imaginaire du Far West devient extrêmement fécond, et on ne peut que souhaiter que cette vague continue à prendre de l’ampleur.

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One Comment

  1. Comme toi je ne suis pas très attirée par les western, mais j’avais été particulièrement séduite par Tristesse de la terre (lu après lecture de ton billet, d’ailleurs), alors je vais peut-être me laisser tenter.

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