Crash-test de Claro

crash test

Au commencement était l’accident.

Au commencement, il y a un homme, employé à réaliser des crash-tests, pour assurer des marques automobiles de la solidité et de la résistance de leurs modèles. Initialement réalisés avec des mannequins, les crash-testeurs ont de plus en plus souvent recours à des corps récupérés à la morgue, reconstituant ainsi des accidents presque plus vrais que nature. Et puis d’autres commencements : la découverte de la sexualité par un ado qui lit avidement des bandes dessinées érotiques, celui de Linda Lovelace, alias Gorge Profonde, dont la sordide carrière est marquée par un certain nombre de carambolages, celui de l’histoire de l’automobile en général, qui ne semble vraiment se mettre en branle que lorsque la voiture fait sa première victime.

Au commencement était l’accident, donc, leitmotiv qui revient à intervalles réguliers dans le roman de Claro pour y ramener, à chaque fois, son cortège de tôles froissées et de chair éclatée. Au commencement était l’accident, pas un vain mot puisque Claro procède ici par une logique du crash.

crash-test-claroLes différents segments d’histoires semblent suivre des trajectoires parallèles, éloignées, jusqu’à ce que, par la volonté de l’écrivain, elles finissent par se rencontrer et éclater les unes contre les autres. Le procédé n’est certes pas nouveau chez Claro – on retrouvait peu ou prou le même principe dans Chair électrique ou Tous les diamants du ciel, mais si l’architecture ne surprend plus, si la façon dont Claro confronte dans un grand fracas la mort et la sexualité n’est guère nouvelle, mais Crash-Test n’en est pas moins un texte fascinant, notamment parce que Claro a rarement atteint de tels sommets en ce qui concerne la langue.

Le préparateur de crash-tests, c’est évidemment lui en premier lieu, lui qui projette violemment les mots les uns contre les autres, les regarde s’interpénétrer et se disloquer, mesure « tout ce qui rompt, gicle, s’embosse, cède ». Crash-test comporte des pages parmi les plus sidérantes écrites par Claro, en particulier un récit d’accident dans les premiers chapitres qui a tout du plan-séquence au ralenti, où les phrases deviennent effets spéciaux, et qui coupe littéralement le souffle. Plus loin, c’est la disposition des mots sur la page qui se charge de véhiculer la violence des chocs. De l’expérimentation sans esbroufe, où chaque mot, chaque effet est longuement pesé pour sauter au visage du lecteur.

platypus fullplatypus fullplatypus fullplatypus fullplatypus gray

Du même auteur : CosmoZ, Dans la queue le venin, Chair électrique.

Sur le même thème :

5 Comments

  1. Un bonheur, ton article ! Je l’ai vu hier en librairie, et j’ai pensé à toi, car tu as souvent parlé de Claro (sur le blog me semble t-il). Je ne pouvais l’acheter (pour cause de sac trop lourd et aussi parce que je me restreins pour cause de PAL interminable … je dois absolument lire des bouquins pour le boulot). Bon, en tout cas, tu me donnes vraiment envie. S’il fallait n’en lire qu’un seul de Claro, tu recommanderais lequel ?

    • Merci !
      J’aime beaucoup Claro effectivement, et j’en ai déjà parlé à quelques reprises sur le blog… Pour commencer je conseillerais sans hésiter CosmoZ qui reste son roman le plus impressionnant à ce jour (sans être difficile d’accès comme peuvent l’être certains). Ca me paraît en tout cas plus recommandé que Crash-Test, qui n’est pas forcément idéal pour le découvrir même s’il est franchement caractéristique de son style 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *