Les Soleils des Indépendances d'Ahmadou Kourouma

J’ai un problème avec la littérature francophone subsaharienne. A cause de certains a priori, peut-être, mais d’expérience j’y ai toujours trouvé des propriétés similaires, que l’on parle de littérature du Bénin, du Cameroun ou de Côte d’Ivoire – territoires pourtant vastes. Tout ce que je connais de cette littérature, ce sont des romans marqués au fer rouge par un genre très spécifique de réalisme social, où les préoccupations politiques sont toujours au premier plan. Il y  est nécessairement question de (dé)colonisation et de la lente marche vers l’indépendance totale et la prospérité – rien de plus normal d’ailleurs. Le tout sur fond de traditions qui constituent pour moi un véritable mur – j’aimerais en savoir plus, et peut-être devrais-je lire des essais sur la question si vraiment je voulais y comprendre quelque chose -, les références culturelles m’échappant toujours dans la mesure où les auteurs sont généralement assez peu explicites. On ne peut d’ailleurs pas leur reprocher, leurs romans n’étant pas fait pour vulgariser des cultures millénaires auprès de petits parisiens en mal d’exotisme.

Pour finir, la langue des auteurs de ces pays-là m’est quasiment étrangère, ce qui n’est pas du tout le cas pour les auteurs d’Haïti, du Québec ou encore du Maghreb. Les variations syntaxiques ou lexicales sont pourtant minimes par rapport à celle que je parle – mais elles suffisent à créer avec moi une distance que j’ai toujours du mal à parcourir.

les-soleils-des-independances-de-ahmadou-kouroumaJusqu’à il y a peu, j’avais tout simplement arrêté de lire de la littérature d’Afrique subsaharienne, et baste, comme certains avouent ne pas être intéressés par la littérature japonaise ou américaine. Sauf que depuis quelques mois, cette littérature est devenue une de celles dont je suis chargé à la bibliothèque. Je me suis donc fait une petite liste d’auteurs pour me remettre à niveau, et Kourouma figurait tout en haut de cette liste.

Vu la reconnaissance internationale dont cet auteur ivoirien bénéficie, j’ai ouvert les Soleils des Indépendances en me disant que j’aurais peut-être une révélation. Malheureusement, on n’y est pas encore. Les Soleils des Indépendances est l’histoire de Fama, qui aurait pu être le prince des Doumbouya si l’instauration de la République de la Côte des Ebènes n’avait pas mis à mal les traditions de ses ancêtres. On le suit donc dans un univers où le nouvel état des choses cohabite difficilement avec des survivances du passé. Et, bien sûr, j’ai retrouvé ici tout ce qui me rebute habituellement, et je suis une fois de plus resté sur le bord de la route. Il y a pourtant des choses très intéressantes dans les Soleils des Indépendances, notamment en ce qui concerne la condition féminine puisque Kourouma accorde autant d’importance à Fama qu’à sa première femme, Salimata. Plusieurs scènes marquantes se concentrent sur elle : celle de son excision notamment est d’une puissance dévastatrice.

Mais les quelques scènes fortes sont diluées dans un ensemble que, je dois l’avouer, j’ai presque entièrement oublié dès le livre refermé. Du coup, ce billet n’est pas vraiment une critique des Soleils des Indépendances : je ne me sens pas tout à fait légitime à le faire, toutes ses qualités étant pour moi absolument impénétrables. En revanche, si des lecteurs de passage avaient des titres à me recommander pour me faire aimer la littérature d’Afrique subsaharienne, je suis tout ouïe…

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5 Comments

  1. Quand j’étais là-bas (ça fait longtemps) j’en ai lu pas mal (mais donc pas trop de nouveautés), surnagent Oyono, Camara Laye; Kourouma a sorti plus récemment Allah n’est pas obligé (enfants soldats)
    Mon auteur chouchou demeure Amadou Hampate Ba, à découvrir, vraiment. Il y a aussi Wole Soyinka. mais là ce ne sont pas des auteurs très récents…
    Pourtant j’ai découvert une pépite, avec Florent Couao-Zotti, ambiance béninoise garantie 100% pour des polars hilarants…(et parus récemment)
    On est dans l’Afrique de l’ouest. Faut-il aller vers l’est?

    • Est, ouest, c’est comme on veut !
      Je découvre le nom de Wole Soyinka, merci, je me pencherai dessus… Amadou Hampate Ba, je connais de nom mais il me reste à le découvrir. Pas sûr de retenter Kourouma pour le moment, en revanche, mais merci pour ces conseils !

  2. En somalie, il y a Nurrudin Farah, même si son écriture me laisse un peu étonnée (est ce la traduction?) Intéressant en tout cas.
    Mais comme actuellement je découvre les sud africains, c’est un peu loin quand même!

  3. Le Congo avec Dongala et sa « photo de groupe au bord du fleuve » pour moi un gros gros coup de cœur. Salutations

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