Le Crime du comte Neville d’Amélie Nothomb

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Lorsque j’ai ouvert ce blog, l’objectif principal était de garder une trace de chacune de mes lectures. A très peu d’exceptions près, j’ai rédigé un billet sur chaque livre lu depuis deux ans. Paradoxalement, le plus difficile est de s’attaquer aux oeuvres que j’ai aimées le plus intensément – de peur de ne pas leur rendre suffisamment justice. En général, les billets sur les livres que je n’aime pas sont rapidement expédiés (c’est toujours plus facile d’être méchant). Le cas du Nothomb de cette année est, cependant, un peu nouveau : comme quoi, bloguer est une aventure de tous les jours. Car c’est la première fois que je me demande, réellement, quoi dire d’un roman. Que peut-on dire quand le texte lui-même n’a aucune substance ? Quels développements tirer d’un texte qui ne dit rien ?

crime du comte neville- nothombCommençons par un résumé, ça ne coûte pas grand chose : le comte Neville, expert en réceptions et garden parties d’exception, se voit prédire par une voyante que lors de la prochaine soirée dans son château, qui doit être la dernière avant que celui-ci soit vendu, il tuera quelqu’un. S’ensuivent quelques dizaines de pages de tourments – il tuera certes quelqu’un, mais qui ? – et de discussion incongrues avec sa fille Sérieuse qui, ça tombe bien, a envie de mourir.

Je ne suis pas un grand amateur de Nothomb, j’ai déjà eu l’occasion de le dire l’année dernière à l’occasion de la sortie du néanmoins charmant Pétronille. Cependant, ses mauvais romans ont au moins, habituellement, l’avantage de m’agacer voire de m’irriter au plus haut point. La lecture de Péplum, particulièrement, m’avait laissé presque en colère tant ce roman m’avait semblé idiot et mal fichu. Mais rien de tout ça ici.

Le crime du comte Neville, variation sur une nouvelle d’Oscar Wilde, le Crime de Lord Arthur Savile, où un jeune homme est victime d’une prédiction du même acabit à quelques jours de son mariage, n’a même pas réussi à m’arracher un soupir, ni un sourire. Nothomb y est comme en pilotage automatique. On reconnaît vaguement son sens de la formule, ses petites phrases sèches, mais rien ne marque, rien n’étonne. Plus que jamais, les personnages sont réduits à l’état de silhouettes sans relief. Le tout n’est ni charmant, ni mordant, ni caustique. Je pourrais continuer à essayer de définir le roman comme ça, en creux. Il n’est ni drôle, ni profond. Ni pétillant, ni inventif. C’est une curieuse impression : ce roman n’est, tout simplement, rien.

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En en-tête, quelques cases de l’adaptation de la nouvelle de Wilde en bande dessinée par Marc Salet et Philippe Nauher.

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10 Comments

  1. Si jamais je cours en librairie… ce sera pour acheter la mise en BD de la nouvelle de Wilde, qui a l’air très graphique ! 😀 Sympathique billet malgré le peu de matière première.

  2. « Que peut-on dire quand le texte lui-même n’a aucune substance ? »
    MER-CI
    Je l’ai mis en coup de gueule à la bibli, un couple l’a emprunté et l’a fortement apprécié. Je me suis demandé si je devenais snob ou incapable d’aimer un bon livre. Pour moi, c’est de la paresse que cette blague de 10 lignes étirée sur 130 pages. Et pour peu qu’on ait déjà lu l’auteur, tout se devine à des dizaines de kilomètres. Il paraît que la peinture de la noblesse est bien faite. Mais elle a déjà été lue, relue, vue, revue des centaines de fois ainsi, je ne donnerais donc aucun crédit à l’auteur pour cela. C’est rare que j’ai envie de mépriser un livre mais j’en veux assez à l’auteur d’avoir fait moins que le minimum syndical pour mépriser celui-ci.

    • Mais je t’en prie ! Tu peux donner le lien à ce couple, si tu veux en remettre une couche 😀
      Quant à la peinture de la noblesse, il ne faut quand même pas être très regardant… C’est franchement caricatural, et pas très approfondi. Bref, méprisons, méprisons !

  3. Certes un peu creux ce roman ( longue nouvelle) annuel. J’aime le personnage de l’auteur qui était très touchante lors de sa venue à La Grande Librairie. Ayant lu le livre après son intervention, j’ai aimé y trouver ce sursaut de sensation chez une adolescente blasée.

  4. J’adore… je partage ton point de vue sur Nothomb et je ne me donne même plus la peine de la lire. Et pourtant elle a écrit de très bons textes au départ ! Ce qui m’a fait le plus sourire c’est que tes 5 ornithorynques sont restés gris souris sans une demi-ombre de noir !!

  5. J’ai résolu de ne plus jamais la lire… Sur une dizaine de lus, je n’en ai apprécié qu’un…

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