Courir après les ombres de Sigolène Vinson

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Paul Deville incarne malgré lui la facette la plus vile de la mondialisation : français, il travaille pour le compte d’une multinationale chinoise à dépouiller des pays africains de leurs richesses.

Comme pour se racheter, il profite de ses voyages d’affaires – de Djibouti à Aden, de Rangoon à l’Ethiopie – pour retrouver les traces d’immenses écrivains. Kessel et Gary y sont déjà passés ; désormais, Paul est sur la piste de Rimbaud, convaincu que celui-ci n’a pas pu cesser d’écrire en quittant la France pour l’Afrique.

Courir après les ombres est l’histoire de cette quête forcément impossible, qui tient de la quête du Graal ou de la pierre philosophale, où le voyage est plus important ou en tout cas plus transformateur que la destination. Le roman est traversé, de toutes part, par des personnages en exil, qui se définissent parfois comme apatrides. Travailleurs expatriés, équipages de porte-containers, réfugiés… Tous ont fait une croix sur la possibilité d’avoir un lieu à considérer comme leur patrie et leur maison ; à la place, ils rêvent d’absolu.

courir après les ombres vinsonCourir après les ombres n’est pas si éloigné du Caillou, l’autre roman que Sigolène Vinson a publié en 2015. Il y est aussi question du besoin d’échapper à sa vie, de fuir et l’ennui et la trépidation du monde moderne. Mais là où le Caillou proposait une approche relativement abstraite et intemporelle de la question, Courir après les ombres est , lui, profondément ancré dans des problématiques concrètes et très actuelles : la toute-puissance de l’économie de marché, le durcissement des frontières entre le Nord et le Sud… Cela explique qu’on n’y retrouve pas le charme suave et puissant qui faisait toute la beauté du CaillouCourir après les ombres est un texte plus aride, où le pressentiment de la défaite annihile toute tentative de poétiser le monde. Sans être à proprement parler une déception, Courir après les ombres manque du souffle qui animait son faux jumeau, et laisse le sentiment que le terme du voyage n’a pas été tout à fait atteint.

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J’ai également parlé de ce roman dans Balises, le webmagazine de la Bpi.

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