Quand le diable sortit de la salle de bain de Sophie Divry

ob_a1b7d3_diable-chauvigny-vienne

Quand le diable sortit de la salle de bain a presque tout pour s’inscrire dans une veine de réalisme social passablement déprimant (et généralement peu créatif) : une narratrice qui peine sévèrement à boucler ses fins de mois depuis qu’elle est au RSA, qui court de rendez-vous à Pôle Emploi en appels téléphoniques à la CAF, avec pour personnages secondaires des proches qui font la sourde oreille et quelques bonnes âmes qui aident les plus nécessiteux.

quand le diable sortit de la salle de bain divryC’est sans compter sur l’humeur de Sophie Divry qui, après la Condition Pavillonnaire, voulait essayer d’écrire un roman de manière plus décomplexée, en improvisant parfois, et en se laissant de manière générale aller à un peu plus de fantaisie. Ce qui donne, comme l’indique le sous-titre de Quand le diable sortir de la salle de bain, un roman « interruptif et pas sérieux », dans lequel Sophie Divry se réclame de l’influence du Diderot de Jacques le fataliste ou de Laurence Sterne.

Soyons honnêtes, il est un peu gênant de trouver ces deux modèles cités dans la note d’intention de l’auteur, car leur ombre est trop grande pour ce petit roman sans prétentions. Mieux vaut ne pas les avoir en tête pour apprécier ce texte dont la première qualité est une immense liberté de ton, qui permet à Sophie Divry le meilleur – certains dialogues entre la narratrice et sa mère et un certain nombre d’énumérations baroques et réjouissantes – comme le pire, de certaines expérimentations langagières (une foule de mots valises, notamment dans les dialogues : chez Divry, on articulâche, on ajoutacle, on arguasoupit…) qui tombent franchement à plat à une poignée de scènes scabreuses impliquant le « démon personnel » de la narratrice et son meilleur ami Hector – qui font plus penser à la Salsa du démon qu’à Diderot, si vous me permettez d’utiliser cette référence douteuse.

Il y a à boire et à manger dans Quand le diable sortit de la salle de bain – ce qui est cruellement ironique quand la narratrice passe une bonne partie de son temps à se plaindre de la terrible faim qui l’étreint. Sans jamais faire de véritables étincelles, ce grand fourre-tout devrait permettre à tout un chacun de trouver son bonheur, à condition de bien vouloir y faire le tri.

platypus fullplatypus fullplatypus fullplatypus grayplatypus gray

J’ai emprunté ce très joli démon en en-tête au blog Wodka. Il vient apparemment de la collégiale Saint-Pierre de Chauvigny, dans la Vienne.

Sur le même thème :

6 Comments

  1. Tout n’est pas au même niveau dans ce bouquin, mais c’est aussi ce qui en fait le charme. j’ai passé un très agréable moment pour m découverte de cette auteure

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *