Un amour impossible de Christine Angot

L’autre soir, des amies à dîner, je discute avec l’une d’entre elles, qui s’intéresse assez peu à l’actualité littéraire mais est en train de lire, plutôt par hasard, le nouveau Angot. Ca lui plaît ; la rencontre, la différence de classe, le style n’est pas si mal et elle y trouve des réflexions intéressantes. Je veux faire mon malin : « Oui, mais c’est con, on connaît la fin ; encore et toujours l’inceste… »

Qu’avais-je fait ! Je parlais peut-être avec la dernière lectrice d’Angot en France qui ne savait pas encore le fin mot de l’histoire. Enorme spoiler, donc, qui m’a fait rire tant il me paraissait improbable qu’on ait pu échapper à cet évènement ressassé avec tant d’application, mais pour lequel je m’excuse encore si jamais cette amie me lit…

angot - un amour impossibleDe mon côté cela faisait bien longtemps que je n’avais pas lu Angot – depuis les Désaxés, sorti en 2004. Le tournant que semblait prendre Angot – poursuivre une entreprise d’autofiction mais en évoquant des faits plus banals dans certains textes, ou en revenant encore sur l’inceste dans d’autres – ne m’attirait pas vraiment bien que j’aie été sensible, à l’époque, au ressassement hypnotique de l’Inceste. Cette année, enfin, je me suis dit qu’il était temps de voir ce que Christine Angot avait de neuf à dire.

Du côté du style, on trouve bien quelques éclats durassiens qui rappellent ce que l’Inceste avait de plus fascinant, mais dans l’ensemble les efforts d’Angot tombent à plat. A force d’accumulations hasardeuses, les phrases deviennent boiteuses. Certaines ont des virgules en trop, d’autres en manquent cruellement. On a l’impression que quelqu’un a secoué le texte violemment et que la ponctuation est retombée au petit bonheur la chance. Ne parlons pas des dialogues, qui sont le plus souvent d’une indigence crasse.

C’est du côté du récit que se situe le petit regain d’intérêt que peut engendrer Un amour impossible. L’histoire est pourtant toujours la même et, de fait, on connaît bel et bien la fin. Mais Angot parvient cette fois à élargir légèrement son champ de vision en partant non pas d’elle-même mais du couple que formaient ses parents. Son père, intellectuel issu d’une riche famille assez snob, sa mère, petite employée de bureau née dans une famille plus que modeste de Châteauroux : entre les deux, un fossé de classe insurmontable, que le comportement toxique du père ne fera que renforcer.  Les réflexions à ce sujet restent assez rares dans le corps du roman, mais elles prennent de l’ampleur dans les derniers chapitres. Sans révolutionner la méthode Angot, cet angle différent lui donne une profondeur nouvelle et justifie qu’on donne sa chance à cet Amour impossible.

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J’ai également parlé de ce roman dans Balises, le webmagazine de la Bpi.

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8 Comments

  1. jamais lu Angot, je n’aime ni le personnage ni cette envie perpétuelle chez elle de dévoiler son intimité mais je tenterai peut-être le coup avec celui-ci, juste pour essayer…

    • Le personnage m’est extrêmement désagréable également… Mais il faut reconnaître que c’est une auteure qui compte, à raison par certains aspects.

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