111 d’Olivier Demangel

guerre du feu

Sont-ils des hommes ou des animaux ? Sont-ils les rescapés d’une civilisation disparue ou les fondateurs d’une société nouvelle ? D’où viennent-ils ? Où vont-ils ? Nul le le sait. Ils sont pourtant des milliers à marcher, chaque jour, dans cette lande désertique où un groupe d’observateurs a été dépêché pour essayer de percer leur mystère.

Ils montrent des traces d’organisation sociale bien que celle-ci reste quasiment incompréhensible, disposent d’outils qu’ils semblent pourtant incapables de fabriquer, et font preuve d’une indifférence proprement inhumaine à l’égard de la douleur ou de la mort de leurs congénères. Seule la marche – pourtant sans but ni progrès – semble les préoccuper.

111 demangel111, premier roman d’Olivier Demangel, prend la forme de notes prises par un des observateurs chargés de décrire le groupe de marcheurs. Ainsi, ce qui commence avec des airs de récit post-apocalyptique se mue en cahier de notations anthropologiques décrivant longuement les us et coutumes – si l’on peut dire – de ce groupe à la limite de l’humanité. Un dispositif très aride qui fascine par sa méticulosité en même temps qu’il peut finir par lasser par ses aspects répétitifs.

Fort heureusement, Olivier Demangel ne s’en tient pas là et fait basculer la situation à plusieurs reprises dans la seconde partie de 111. On se dit d’abord que ça commence à ressembler à une illustration du Discours sur l’origine des fondements de l’inégalité parmi les hommes, puis à une version ultra-violente de la Guerre du Feu, puis à la Genèse, à la Planète des singes ou même l’épopée de Gilgamesh. Jusqu’à ce qu’on laisse tomber les références et qu’on reconnaisse que mine de rien, Demangel est en train de jouer un coup assez original, qui pêche là encore par quelques longueurs et répétitions, mais qui aboutit au final sur une réflexion profonde sur la limite entre barbarie et société et la part d’animalité qui subsiste en tout homme. Un drôle de roman qui se démarque largement de cette rentrée littéraire assez peu inventive et mérite à ce titre qu’on y jette un oeil.

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J’ai également parlé de ce roman dans Balises, le webmagazine de la Bpi.

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3 Comments

  1. bonjour, je me permets de partager, vous m’avez donné envie de lire et de faire lire ce joli roman. merci

  2. C’est un des 68 premiers romans français de la rentrée littéraire qui laisse ses lecteurs perplexes. Et ton avis confirme que cela ne doit pas être une lecture facile.

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