Pourquoi le saut des baleines de Nicolas Cavaillès

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J’ai déjà expliqué il y a quelques temps ma fascination pour les baleines, à l’occasion de ma lecture de La Baleine dans tous ses états de François Garde. Il était donc impossible pour moi de rater le petit livre que Nicolas Cavaillès a publié au printemps aux Editions du Sonneur, et qui se propose – en apparence tout du moins – de répondre à une question lancinante : pourquoi les baleines sautent-elles, de manière irrégulière et imprévisible, hors de l’eau ?

Le titre ne porte pas de point d’interrogation bien que cette question ne soit toujours pas tranchée : les baleines sautent hors de l’eau sans que cela réponde à une nécessité biologique – puisque remonter calmement à la surface leur suffit à respirer – ni qu’on ait pu identifier une dimension sociale ou ludique dans ces sauts.

Cavailles-baleinesNicolas Cavaillès a cependant quelques pistes à proposer ; mais on est ici bien dans le domaine de la littérature et non de la science, bien que le début du livre soit dédié à une description méthodique, à l’aide d’un jargon très personnel, des différentes façons de sauter en fonction des espèces de baleines considérées – de l’érection céphalique flanche de la baleine franche du Groenland au saut carpé-flanché intégral vrillé de la baleine à bosse. Une fois l’épuisant aspect rationnel mis de côté, on peut se prendre à rêver, à supposer des motivations poétiques au saut des baleines. Ce saut, c’est la manifestation d’un besoin de liberté, d’un élan vers le ciel qui aurait des dimensions mystiques, peut-être un geste artistique, sans cesse répété jusqu’à l’accomplissement parfait qui rendrait alors tous les autres sauts inutiles.

On traîne ses trente tonnes dans toutes les eaux du globe, les ailes ballantes, et il n’est rien nulle part que cet élément désolé invinciblement compact, à peine peuplé de microbes et de bestioles. Le saut fournirait à la baleine son ivresse, une fête solitaire, un peu suicidaire peut-être, une sortie, une libération exaspérée, si brève soit-elle, une expérience totale soulevant le monstre de sa tête jusqu’à sa nageoire caudale, une secousse monumentale pour se soustraire un instant à la tautologie sous-marine.

On en apprendra bien évidemment plus sur l’homme que sur la baleine dans ce volume, l’homme et son besoin de transcendance, de poésie et d’imagination. Mais le mystérieux saut des baleines est un prétexte idéal pour explorer cette condition humaine. Nicolas Cavaillès est évidemment plus poète que biologiste, et il livre quelques séquences d’une grande puissance, parsemant son texte de séduisantes odes à la légèreté, écrites dans un style qui a tout d’une danse complexe et aérienne.

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2 Comments

  1. j’ai également beaucoup aimé ce petit livre plein de poésie. Petit bémol, je reste persuadée que les baleines se jettent dans les cieux pour le fun, juste parce que c’est drôle, inutile et bruyant 🙂

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