L’Ascendant d’Alexandre Postel

PsychoMother

Aujourd’hui, papa est mort. Ou peut-être hier, je ne sais pas.

Ca pourrait commencer comme ça. Le narrateur de l’Ascendant apprend au début du roman la mort de son père, pratiquement perdu de vue depuis des années. Malgré l’air contrit de tous ceux qui l’entourent – c’est-à-dire pas grand monde -, il ne peut accueillir la nouvelle qu’avec une certaine indifférence. Ce n’est que lorsqu’il se rendra dans la maison de son père pour y faire du tri et qu’il découvrira un terrible secret dormant dans la cave qu’il prendra la mesure de ce qui lui arrive.

postel-lascendantLe premier roman d’Alexandre Postel, Un homme effacé, évoquait Kafka dans sa volonté d’analyser la façon dont son personnage principal, très proche d’ailleurs de celui de l’Ascendant, se trouvait rongé par une culpabilité imaginaire.

On commence ici sous l’influence de Camus, et l’étude de l’étrange absence au monde de cet homme sans père. Très vite cependant, à la lueur de l’effroyable découverte que fait le narrateur (et dont je ne dirai rien, car il est bien rare de sursauter en lisant un roman et que je ne veux pas vous gâcher ce plaisir), Postel avance vers d’autres terrains. D’abord, quelques pincées de thriller psychologique – on n’est pas loin de Psychose pour la découverte macabre-, puis une troublante réflexion sur l’impossibilité de se détacher du modèle que constitue le père et sur la part d’inhumanité qui sommeille en chacun.

La nuit dernière, au bord du sommeil, j’ai pensé qu’il était peut-être là, le début, ou plutôt qu’il n’y a pas de début parce que je n’ai jamais fait que répéter le même choix, vivre et revivre la même situation, le même instant où je découvre que mon père n’est pas bon mais que je veux pourtant rester son enfant.

La question de la culpabilité est cependant loin d’être évacuée puisque, en protégeant le secret de son père, le narrateur se rend complice de son méfait. Point d’accusation infondée ici comme dans Un homme effacé, mais une spirale qui mène notre narrateur jusqu’à un point de non retour : l’assimilation totale au monstre que fut son père.

L’Ascendant, en lui-même, est un roman brillant, et son dispositif narratif particulier (le narrateur déballe son histoire dans un long monologue face à un psychiatre – ce qui n’est pas sans rappeler la Chute, toujours de Camus) permet à l’auteur de disséquer avec une grande finesse tous les états de son héros. Il prend cependant toute son ampleur lorsqu’on le met en perspective avec le premier roman d’Alexandre Postel : il est rare de voir, en deux romans, un écrivain commencer véritablement à construire une oeuvre. C’est le cas ici, et cela fait définitivement d’Alexandre Postel un auteur à suivre de très près.

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4 Comments

  1. oh, ça m’a l’air très bien ! J’avais déjà été assez impressionnée par « l’homme effacé » et celui-ci confirme la présence d’un auteur si je comprends bien.

  2. Ces deux romans lus indépendamment l’un de l’autre sont excellents, mais comme tu le signales, la mise en parallèle des deux histoires est particulièrement intéressante. Les deux hommes semblent si semblables et les deux histoires si différentes se répondent étrangement. Je suis vraiment curieuse de voir ce que l’auteur nous réservera ensuite.

    • Oui, les histoires sont opposées mais brodent sur des thèmes qui se croisent… Je me demande si les prochains romans de Postel seront différents : ces deux premiers romans semblent former un véritable duo, se regarder en miroir… J’ai hâte de voir ce qui viendra ensuite, moi aussi !

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