Phénix de Raymond Penblanc

phénix - zambelli

« C’est l’histoire d’un garçon qui voudrait s’arracher à la gravitation universelle », annonce la quatrième de couverture. C’est l’histoire d’un garçon, presque encore un enfant, déjà au bord de l’adolescence, qui s’invente un univers de pureté et d’innocence dans un monde qui voudrait définitivement le souiller. L’histoire d’un gamin qui voudrait toujours continuer à être enfant de choeur, à faire s’élever sa voix d’ange vers le ciel ; un gamin qui préfèrerait ne rien savoir des choses du sexe que son grand frère Roland voudrait lui mettre directement sous le nez, un gamin qui s’est fabriqué un sanctuaire autour d’un arbre creux dans la forêt qui borde le village. C’est évidemment une histoire qui ne peut que se terminer par un échec, par l’entrée dans le monde des hommes, plein de saleté et de tentations.

couverture-phénix-penblancLe héros de Phénix est multiple, il n’a pas encore trouvé son identité. Garçon, fille, ange, oiseau, il ne peut et ne veut choisir et incarne toutes les possibilités. Une référence à Perceval, qui revient à plusieurs reprises, annonce l’aspect décisif du choix : Perceval trouve son destin lorsque son nom de chevalier lui est révélé ; pour le petit garçon de Phénix, cette révélation sera le début de la chute.

Phénix a quelques points communs avec Fraudeur d’Eugène Savitzkaya, également sorti cette année : un jeune homme qui « fraude la vie », qui aimerait se tenir toujours à la lisière des choses. Penblanc, cependant, traite ce sujet avec une bien plus grande délicatesse, une construction et un style limpides, d’une grande pureté, en parfaite adéquation d’ailleurs avec les jolies couvertures immaculées qui sont la marque de fabrique de l’éditeur Christophe Lucquin. Grâce à cette approche éthérée , Raymond Penblanc parvient à livrer une variation intéressante sur le thème tellement rebattu du passage à l’âge d’homme. Une jolie vision imprégnée de religion, entre paganisme et culte marial, et de poésie.

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Du même auteur : Prête-moi ta plume.

J’ai emprunté la photo d’en-tête (un Phénix de Stefano Zambelli) aux collections numérisées de l’Université Bordeaux Montaigne.

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