Le Chardonneret de Donna Tartt

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La vie de Theo Decker vole en éclats un beau matin dans un musée New-Yorkais. Alors qu’il découvre une exposition autour de maîtres de la peinture flamande avec sa mère, férue d’histoire de l’art, une bombe explose. Sa mère trouve la mort. Lui ressort du musée, hébété, avec sous le coude une toile d’une immense valeur qu’il n’avait pas vraiment l’impression de voler, mais plutôt de protéger : le Chardonneret de Carel Fabritius. A mesure qu’il tente de reconstruire sa vie, et jusqu’à l’âge adulte, ce tableau ne cessera de le hanter.

On a évidemment tout lu sur le Chardonneret de Donna Tartt et l’édition Abacus que j’ai achetée ne permet à aucun moment d’oublier le torrent d’éloges qui a accompagné sa sortie. Pour un peu, on ne distinguerait plus le chardonneret lui-même au milieu des blurbs et autres citations d’articles de presse. « A masterpiece », dit le Times, « Astonishing », clame le Guardian, « A triumph », s’incline Stephen King. Sans compter ce gros macaron « Winner of the Pulitzer Price for Fiction 2014″… Comment voulez-vous ne pas être déçu avec un horizon d’attente pareil ?

the goldfinch - tarttCar oui, franchement, on se demande bien au nom de quoi tout ce petit monde se roule par terre. Est-ce en raison de l’indéniable talent de Donna Tartt à fabriquer un page-turner exemplaire, qui donne toujours envie de plus, d’aller plus loin ? Certainement. Est-ce que cela suffit ? Absolument pas, dans la mesure où cet effet est obtenu grâce à un savoir-faire certes remarquable mais qui mise tout sur l’épate. On délaye, on dilue, on laisse entendre que quelque chose de plus consistant va bien finir par arriver – j’attends toujours. La fin même échoue à donner l’impression d’un quelconque aboutissement, non pas comme certains maîtres du roman américain peuvent le faire dans une optique subversive mais simplement parce que l’intrigue se délite dans d’ultimes rebondissements particulièrement grossiers.

S’il y a une bonne raison de lire le Chardonneret, c’est un personnage magnifique, qui anime à lui seul le tiers médian du roman (avant d’être gâché dans cette fin minable, mais passons) : Boris, un adolescent largué et révolté dont le panache et la fougue écrasent tout le reste. Mais au-delà de ce portrait d’une rare acuité, Le Chardonneret manque cruellement d’une vision d’ensemble, ou simplement d’un argument. Que nous disent ces presque 900 pages ? Que Theo Decker, comme le Chardonneret, restera toujours une frêle créature à peine consciente de la chaîne qui pourtant le retient prisonnier, attaché à son perchoir. Qu’on reste hanté par le passé, quoi qu’il arrive. Une nouvelle aurait suffi, voire un tweet, et j’avoue l’avoir un peu mauvaise de m’être coltiné tout ça pour si peu.

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7 Comments

  1. J’ai été déçue par « Le maître des illusions » à la fin duquel je me suis dit (un peu comme toi je crois) : tout ça pour ça… Parfois les attentes sont bien trop importantes pour qu’un livre, même réussi les comble tout à fait…

    • Eh bien, moi qui pensais peut-être tenter le Maître des illusions…
      Au-delà de l’attente suscitée par les critiques, je dois dire que j’étais emballé disons jusqu’à la page 200. Donna Tartt crée elle-même des attentes que son roman ne peut satisfaire. C’est bien dommage…

  2. Comme Sandrine. Ce que tu mets dans l’avant-dernier paragraphe, c’est à peu près ce que j’ai ressenti pour « Le Maître des illusions », que je n’ai pas trouvé mauvais mais que je n’ai pas adoré alors que je m’attendais à prendre part à l’enthousiasme général parce que j’adore les romans d’université. Mais ce que l’auteur nous sert, c’est le reflet de ce qu’aurait pu être son roman, une sorte de promesse non tenue, et c’est frustrant. Le seul truc que j’avais trouvé fin dans son livre, j’ai réalisé après coup que ce n’était peut-être pas intentionnel. Du coup, vu ta réaction à celui-ci, je pense que je peux définitivement laisser cette auteur de côté, je risque d’encore moins aimer cette fois-ci… (si jamais, ce que j’avais dis du « Maître des illusions »: http://www.les-lectures-de-cachou.com/le-maitre-des-illusions-donna-tartt/)

  3. Ton avis est à contre courant par rapport à ce que j’ai pu lire sur ce roman. C’est sur qu’avec 900 pages, il faut avoir de l’endurance et tenir sur lac longueur. Je comprends aisément ta déception.

  4. Je vois ce que tu veux dire… j’ai été bluffée par le début qui fonctionne sur l’épate, je suis d’accord et après j’ai éprouvé aussi cette impression diffuse d’attendre quelque chose d’autre et à la fin c’était carrément un peu long…

  5. Ce n’est pas la première fois que je lis ce type de remarques sur ses deux romans, pourtant j’ai acheté le premier et j’envisageai d’emprunter le 2ème … je crois que je vais encore un peu réfléchir à la question, car 900 pages à chaque fois ce n’est pas rien.

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