Booming de Mika Biermann

 western-disneyland

Pourquoi voudrait-on se rendre à Booming ? Tout le monde a mis Lee Lighttouch et Pato Conchi en garde : il n’y a rien là-bas. Ce pourrait être une ville-champignon comme il y en a un peu partout dans l’Ouest américain, mais sa réputation est telle que personne ne s’y rend jamais. Ce n’est pourtant pas qu’elle soit réputée particulièrement dangereuse, ou mal famée, mais enfin…

Lighttouch et Conchi ont cependant une bonne raison de s’y rendre : trouver Kid Padoon, détestable malfrat responsable du ravissement d’une demoiselle manifestement en détresse. Encore que ce motif ne soit qu’un prétexte trouvé par Mika Biermann pour s’amuser un peu sur le grand terrain de jeu qu’est le western, avec tous ses codes et ses clichés.

booming - biermannLe roman commence réellement à l’approche de Booming : à quelques encâblures de la ville, les deux compères se retrouvent face à ce qu’ils pensent être une statue d’Indien. Une statue un peu particulière :

A l’oeil nu, les cheveux ressemblaient à de vrais cheveux, la peau à de la vraie peau. Au toucher, tout avait la dureté de la pierre. La rigidité du fer. La densité du bois. Conchi se jeta sur l’Indien et entoura sa poitrine de ses bras.

– Qu’est-ce que vous fabriquez ?

– On l’emmène ! On pourra le vendre à prix d’or.

En réalité, ils le découvrent bientôt, le temps s’est arrêté à Booming, comme sur une vidéo mise en pause. Au milieu de la rue principale, un duel se déroule. La balle sortie du canon d’un pistolet est stoppée net entre les deux duellistes. Subitement privée de vie, la ville devient un véritable décor de carton-pâte, ce que toutes les villes de l’Ouest sont, finalement : les supports d’une histoire toujours recommencée et toujours identique.

A partir de ce point, Mika Biermann multiplie les pas de côté et les cabrioles : le temps se dérègle, propulsant nos deux héros quichottesques – un grand maigre, un petit gros – dans deux continuums temporels différents. Lighttouch est à son tour victime des distorsions du temps et voit celui-ci défiler à toute allure, tandis que Conchi se fond dans la temporalité ralentie de Booming. Pendant ce temps – si tant est que l’expression garde un sens -, la balle figée dans les airs au milieu de Booming pourrait bien finir par atteindre sa cible, ou tout du moins une cible, et sert ainsi de point de référence et de moteur du suspense.

On accélère, on met en pause, on rembobine, si nécessaire on peut aller jusqu’à refaire le montage. On a le droit de tout faire avec un western, non ? Mika Biermann ne se gêne pas, s’en donne même à coeur joie, coupe dans la masse, recolle les bobines dans le désordre et fait naître de ce chaos quantique un western formidablement original, dépoussiéré, qui nous parle peut-être du rapport de chacun au temps qui, inexorablement, passe. A moins qu’il s’agisse juste de jouer aux cow-boys et aux Indiens…

platypus fullplatypus fullplatypus fullplatypus fullplatypus gray

J’ai également parlé de ce roman dans Balises, le webmagazine de la Bpi.

Sur le même thème :

One Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *