The Ecliptic de Benjamin Wood

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A quelques encablures de la côte turque se trouve un paradis pour auteurs en mal d’inspiration. Portmantle, lieu tenu secret, coupé du monde, où peintres, écrivains ou musiciens peuvent se retirer le temps qu’ils souhaitent, le temps de se recentrer sur leur art, loin du tumulte du monde, à la seule condition d’être coopté par un ancien résident.

Knell, jeune artiste peintre faisant face à une crise artistique majeure après avoir été propulsée en quelques expositions sous les feux de la rampe, ne sait plus exactement quand elle est arrivée à Portmantle, et depuis combien de temps elle tente d’y réaliser son grand oeuvre. Contrairement à la plupart des résidents, qui viennent se ressourcer quelques mois seulement, elle habite Portmantle depuis plusieurs décennies, tout comme McKinney, Pettifer et Quickman – un architecte, une dramaturge et un romancier – avec qui elle passe l’essentiel de son temps. Tous les quatre ne savent même plus vraiment ce qu’ils cherchent à accomplir. L’arrivée d’un nouveau pensionnaire énigmatique, Fullerton, pourrait réveiller le feu sacré en eux.

On retrouve Benjamin Wood pour la deuxième fois, après le Complexe d’Eden Bellwether, qui avait remporté un joli succès en France. Les thématiques de The Ecliptic ne sont d’ailleurs pas bien éloignées de celles de ce premier roman : la principale différence est qu’on parlera ici plutôt de peinture, et non plus de musique.

eclipticL’idée d’un paradis retrouvé pour artistes se révèle dans les premiers chapitres plutôt séduisante. Le lieu qu’imagine Wood a quelque chose de magique – un genre de Poudlard de l’inspiration perdue, avec ses rituels, ses codes et son aura de mystère. Wood en fait même un peu trop par moments, notamment lorsqu’il imagine ce sur quoi travaille Knell : celle-ci a découvert, au gré d’une promenade nocturne, d’étranges champignons bioluminescents à partir desquelles elle essaye de produire des pigments. Les longs développements sur le pouvoir de fascination produit par le halo des champignons vire à l’exercice de style un peu simplet.

Ce n’est que le moindre des défauts de The Ecliptic, qui, dès l’arrivée de Fullerton, devient tristement prévisible. Fullerton est un adolescent torturé, sans doute un génie précoce. On ne saura jamais bien ce qu’il produit – de la musique, des comics, des romans ? Peu importe, l’important est qu’il soit ténébreux, perturbé et perturbant. Fullerton a des crises pendant lesquelles il perd le contrôle de lui-même, il est arrogant et fragile à la fois, il est à la fois une Pythie révoltée et un enfant qui a grandi trop vite, bref c’est un cliché ambulant, très loin du personnage magnétique d’Eden Bellwether, avec lequel il partage pourtant bien des spécificités, qui faisait une grande partie de la force du précédent roman de Wood.

A partir de là, Wood commence à perdre ses moyens, comme s’il avait conscience de la légère faiblesse de son plan. Pour retarder le moment de faire d’importantes révélations – qui se révèleront bien peu convaincantes voire inutiles -, il nous inflige des digressions tout à fait dispensables, à commencer par la vie de Knell avant son arrivée à Portmantle, un interminable chapitre qui rappelle brièvement Siri Hustvedt – Knell, comme l’héroïne d’Un monde flamboyant, doit se battre pour être reconnue en tant que femme dans le monde de l’art – mais ne peut soutenir la comparaison tant Wood peine à imaginer pour Knell une oeuvre cohérente.

C’est là la principale faiblesse de The Ecliptic : dans le Complexe d’Eden Bellwether, Benjamin Wood parvenait à rendre sensible la musique de ses personnages. Ici, rien de tel ne se produit. La peinture de Knell semble être un assemblage d’éléments convenus et ne s’impose jamais à l’imagination du lecteur. Lorsqu’il évoque les projets des autres personnages, Wood reste également vague, sauf lorsqu’il nous fait subir quelques pages d’une pièce de théâtre écrite par McKinney, une ou deux scènes d’un drame psychologique à la limite de la crétinerie. Faute de proposer des personnages d’artistes plausibles, le projet s’effondre évidemment de lui-même. Il est à la fois amusant et inquiétant que Wood manque ici à ce point d’inspiration – l’idée de Portmantle est-elle un appel au secours ? – ; espérons simplement que la crise ne soit que passagère.

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J’ai emprunté le gif d’en-tête à une page de la Durham University. Vous y apprendrez tout ce qu’il faut savoir sur la notion d’écliptique.

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3 Comments

  1. J’avais beaucoup apprécié Le complexe d’Eden Bellwether et j’espérais bien découvrir rapidement un nouveau roman. Dommage que celui-ci ne soit pas à la hauteur. Mais je le lirai probablement lorsqu’il paraîtra en français.

  2. J’attends tellement ce roman et tu viens modérer mon impatience… Nous sommes donc ici sur une pâle copie du précédent. Je pense le lire tout de méme mais avec un peu moins d’attente.

    • Une pâle copie, oui, plus ou moins, et les éléments nouveaux ne permettent guère à Wood de briller. Les critiques outre-Manche semblent plutôt bonnes cependant. On verra ce qu’il en sera lors de sa sortie par chez nous…

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