Des lions comme des danseuses d’Arno Bertina

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Vous ne connaissez sans doute pas Bangoulap, ni le pays bamiléké, cette région du Cameroun où se trouve cette petit ville. Et pourtant, vous avez peut-être admiré sans le savoir au musée du Quai Branly ou ailleurs des œuvres qui en proviennent. Des œuvres peut-être réalisées par les ancêtres du roi de Bangoulap, qui décide, dans Des lions comme des danseuses, de tenter quelque chose contre la spoliation des objets d’art africains par les pays occidentaux.

Le raisonnement est simple : puisque les œuvres qui sont exposées au musée du Quai Branly appartiennent au patrimoine de son peuple, pourquoi lui et ses sujets devraient-ils payer le droit d’entrée ? Les bamilékés veulent la gratuité, ou bien il faudra rendre leur patrimoine. La demande est accueillie avec quelques ricanements, mais la question de la restitution des œuvres spoliées par les colons et les explorateurs, bien qu’elle n’ait jamais été traitée avec beaucoup de sérieux mais plutôt comme une vague promesse agitée de temps en temps pour huiler la diplomatie internationale, ne fait pas rire tout le monde. Après une petite bataille administrative, la gratuité est proposée. De toute façon, combien de bamilékés feront le déplacement jusqu’aux quais de la Seine pour visiter le musée ? Quantité négligeable. Le problème semble donc réglé.

des lionsMais l’esprit retors d’Arno Bertina ne s’arrête pas là. Pourquoi ne pas demander la gratuité dans tous les musées proposant ce qu’on appelle des « arts premiers » ? Pourquoi ne pas faciliter la venue des propriétaires moraux des œuvres, en supprimant les frais de visa par exemple ? Pourquoi ne pas équilibrer un peu la situation en forçant les pays européens à céder, pour une durée indéterminée, quelques-unes de leurs fiertés nationales aux musées du Bénin ou du Cameroun ? Un Monet contre le trône du roi de Bangoulap, un Turner contre un ensemble de masques, un Poussin contre une sculpture…

Arno Bertina prend un malin plaisir à imaginer cette petite révolution qui touche aussi bien le monde de la culture que l’administration européenne. Il peint ainsi une Europe sclérosée, arc-boutée sur ses vieux privilèges. C’est un petit jeu de massacre qui se déroule dans la cinquantaine de pages de Des lions comme des danseuses, un jeu tout à fait réjouissant que Bertina orchestre avec une espièglerie certaine mais aussi un grand esprit de sérieux, accentué par la forme de chronique qu’a choisie l’auteur.  Car les réactions des administrations et des dirigeants politiques, leur tendance au repli sur la Vieille Europe semble plus vrai que nature.

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J’ai emprunté l’image d’en-tête à cette page qui vous expliquera tout sur les masques éléphants des bamilékés.

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