Football de Jean-Philippe Toussaint

parreno-zidane

Voici un livre qui ne plaira à personne, ni aux intellectuels, qui ne s’intéressent pas au football, ni aux amateurs de football, qui le trouveront trop intellectuel. Mais il me fallait l’écrire, je ne voulais pas rompre le fil ténu qui me relie encore au monde.

Cette crainte de Jean-Philippe Toussaint, je la partageais au moment d’ouvrir Football. Je ne dois pas être le seul à avoir considéré l’annonce de la publication de ce petit texte avec une certaine dose de scepticisme. Quoi, Toussaint, ce romancier si délicat, si fin, nous parler de ce divertissement vulgaire, de cette préoccupation du vulgue homme pecus (comme dirait Queneau) ? Ben, oui, j’suis snob comme le chantait un autre.

football toussaintEt puis, tentant de ravaler ces insupportables prétentions, j’ai lu Football, déjà rassuré par le fait que Toussaint avait eu le bon goût de faire court et de glisser en quatrième de couverture une note d’intention qui promet d' »essayer de transformer le football, sa matière vulgaire, grossière et périssable, en une forme immuable, liée aux saisons, à la mélancolie, au temps et à l’enfance ». Bon, ben ça va alors.

Le texte se découpe en une poignée de chapitres, consacrés chacun à une Coupe du Monde à partir de celle de 1998. Cette année-là, déjà d’un autre siècle, Jean-Philippe Toussaint assiste pour la première fois à un match du mondial en stade. Les Coupes de 2002, 2006, 2010 et 2014, qui le voient se déplacer à Tokyo, en Corée, en Allemagne, sont comme autant de répétitions de cette coupe fondatrice, comme une tentative de faire de l’évènement populaire une sorte de rituel – pas tout à fait sacré mais du moins solennel -, même si la façon dont Toussaint vit chaque coupe est radicalement différente, de l’adhésion totale à la coupe 2002, pour laquelle il a réservé, des mois à l’avance, des places pour un nombre impressionnant de matches, à la coupe 2014 qui voit l’arrivée du streaming et donc une façon bien plus distante de communier avec les foules.

Quoi qu’il en soit, ces grands messes du football prennent sous la plume de Toussaint la valeur d’une tradition millénaire, destinée à marquer le passage du temps comme pouvaient le faire, peut-être, les cérémonies organisées autour de Stonehenge. Sur un mode plus intime, ce sont des jalons qui marquent le passage du temps et le matérialisent à peu près aussi bien que le cliché éternel de l’eau coulant sous un pont.

La grande surprise, évidemment, est que Football ait pu me plaire. Et qui sait, si je n’ai absolument rien compris ni eu le moindre intérêt pour les évocations de buts mythiques ou de matchs légendaires, peut-être que celles-ci parviendront à conquérir les amateurs de football, qui pourront ainsi plonger rêveusement avec Jean-Philippe Toussaint dans les méandres du temps.

platypus fullplatypus fullplatypus fullplatypus grayplatypus gray

Du même auteur : MonsieurLa Réticence, Faire l’amour.

En en-tête : une photo de l’installation Zidane, un portrait du XXIe siècle de Philippe Parreno au Palais de Tokyo.

Sur le même thème :

9 Comments

  1. J’avoue que je n’aurais pas parié une cacahuète sur ce titre… De là à dire que j’aurais la curiosité de m’y plonger…

    • C’est justement son incongruité qui a piqué ma curiosité… Je n’aurais pas imaginé un écrivain aussi délicat que Toussaint dans un stade. Et finalement, je suis assez content de m’être laissé tenter (même si je ne suis pas converti au foot pour autant) !

  2. Bon.
    Je crois que même avec la meilleure volonté du monde, ce livre ne sera pas pour moi. J’avais lu Faire l’amour de cet auteur. Nettement plus proche de mes préoccupations ^^. 🙂

  3. A priori le thème ne m’attire pas. Mais j’avais écouté une intervention de l’auteur sur une radio qui parlait davantage du rapport du profane et du sacré que du football. Ce qui avait augmenté mon intérêt mais je n’ai pas encoe eu l’occasion de le lire.

    • Oui, le football est surtout un prétexte – même si Toussaint est un grand connaisseur manifestement. L’angle est original, ça vaut le coup de s’y pencher (surtout que ça ne prend pas bien longtemps !).

  4. Merci Pr Platypus : voilà un livre et une critique qui donnent envie de lire Toussaint JP !

  5. Ayant entendu le bonhomme à la radio, j’ai directement rayé ce roman de ma liste : contrairement à ce qu’il semble dire, on peut aimer la littérature et être fan de foot… Ce côté condescendant m’a particulièrement agacé et je n’ai aucune envie d’aller y jeter un oeil ! :p

    • Je ne sais pas comment il en parle mais ce n’est pas du tout le propos du livre, bien au contraire puisqu’il se propose de jeter des ponts entre les deux…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *