Le Mondologue d’Heinrich Steinfest

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Sixten Braun a la poisse. Non seulement il est victime, en plein milieu d’une ville de Taïwan, de l’explosion tonitruante d’une baleine transportée sur un semi-remorque, mais la superbe doctoresse – allemande comme lui – qui le prend en charge et qu’il séduit finit par le rejeter. Prêt à rentrer soigner son chagrin d’amour en Allemagne, Sixten prend place à bord d’un avion qui se crashe en pleine mer de Chine, et il ne survit qu’au prix de la mort de son (détestable) voisin de siège qui lui restera longtemps sur la conscience…

Et puis, quelques années plus tard,  alors que la vie normale semble avoir repris ses droits, on lui annonce qu’il a laissé derrière lui un enfant à Taïwan, fils du Dr Senft, élevé par une nourrice après la disparition de sa mère. L’enfant, qui ne parle qu’une langue inconnue de tous et qu’il semble avoir inventée, va mener Sixten sur les traces de sa soeur, Austri, décédée en escaladant le Fußstein.

le mondologue - steinfestVous m’excuserez pour cette entrée en matière assez indigeste, mais le Mondologue, vous l’aurez compris, fait partie des livres qu’il est difficile de résumer tant les chemins de la narration sont tortueux et semés d’embûches. Le Mondologue est un livre qui a sa logique propre, parfois proche de celle du rêve bien qu’elle garde le plus souvent l’apparence du réel, un réel à peine déplacé, décalé.

En effet, à part peut-être la scène inaugurale qui voit cette fameuse baleine exploser en plein Tainan, l’extravagance du roman est presque uniquement portée par ses personnages, légèrement loufoques mais tout de même pas délirants. Cet entre-deux fait parfois des merveilles et peut se révéler plein de potentiel poétique, mais il est aussi un obstacle à la suspension de l’incrédulité : ce monde ressemble trop au nôtre pour que nous puissions accepter les changements minimes qui s’y produisent.

Il est ainsi difficile d’adhérer tout du long à ce Mondologue qui comporte par ailleurs pas mal de longueurs. L’intérêt est certes régulièrement ravivé par l’apparition de nouveaux personnages mais Steinfest tarde trop à dévoiler les liens profonds qui unissent les innombrables anecdotes qui s’accumulent, semble-t-il, sans fin. Est-il question de la force des liens familiaux, de l’évocation d’un fatum plus comique que tragique, de la difficulté à établir des liens autres que superficiels avec les personnes qui nous sont proches, ou de mille autres choses encore ? Steinfest rechigne longtemps à trancher, confiant à son lecteur cette tâche et lui procurant par la même occasion une sensation de grande liberté malheureusement contrebalancée par l’impression d’être paumé dans ce roman un peu trop exubérant.

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J’aurais presque pu me contenter d’un lien vers le billet d’Alphonsine tant nos avis convergent.

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3 Comments

  1. « Cet entre-deux fait parfois des merveilles et peut se révéler plein de potentiel poétique, mais il est aussi un obstacle à la suspension de l’incrédulité : ce monde ressemble trop au nôtre pour que nous puissions accepter les changements minimes qui s’y produisent. »
    J’ai l’impression que tout est dit dans cette phrase. Nos impressions de lecture se rejoignent beaucoup, en effet. Cela dit, je suis heureuse de ce billet postée car j’ai l’impression qu’il expose les choses bien plus clairement que ma bafouille bordélique. 😀

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