Algèbre de Yan Pradeau

homer simpson - algebre

Si votre cursus universitaire ressemble de près ou de loin au mien, le nom d’Alexandre Grothendieck ne doit pas vous dire grand chose. Il faut dire que mon dernier cours de mathématiques remonte à mon année de première, et que ce n’est pas un nom qu’on cite beaucoup dans les amphis des fac de lettres. Et pourtant, sachez-le, Alexandre Grothendieck est considéré comme – je cite Wikipedia –  « le refondateur de la géométrie algébrique et, à ce titre, comme l’un des plus grands mathématiciens du XXe siècle ».

Evidemment si comme moi vous êtes dans l’incapacité totale de vous représenter ce que peut désigner le terme de « géométrie algébrique », si vous n’avez jamais réussi à comprendre ce qu’était une fonction (par contre je suis pas mauvais en calcul mental, sachez-le), il semble peu probable qu’Algèbre de Yan Pradeau, sous-titré « Eléments de la vie d’Alexandre Grothendieck », vous soit destiné. Et pourtant…Laissons de côté les mathématiques pour une minute. Car avant même de choisir sa voie, Grothendieck a une histoire : celle de ses parents.

Yan Pradeau - algebre - couvertureSon père, Sacha Schapiro, est un révolutionnaire qui participe au début du vingtième siècle à plusieurs soulèvement anti-tsaristes. Sa mère, journaliste anarchiste, quitte son premier mari pour rejoindre Sacha à la veille de la seconde Guerre Mondiale,  qui les sépare dans un jeu de chassé-croisé – chacun cherchant à trouver le refuge le plus sûr possible –  qui ne prend fin que lorsque Sacha est déporté à Auschwitz. Le jeune Alexander, qui deviendra ensuite Alexandre, est quant à lui balloté de maison d’accueil en pension jusqu’à la fin de la guerre,  ce qui ne l’empêche pas de passer son baccalauréat et de montrer d’importantes prédispositions pour les mathématiques.

Alexandre Grothendieck est marqué à jamais par cette longue errance ; ses parents déracinés ne peuvent lui transmettre une nationalité ; il reste apatride jusqu’en 1971, date à laquelle il devient français. La seule chose que ses parents lui ont légué, c’est leur conscience politique. oscillant entre communisme et anarchisme, Grothendieck porte notamment un oeil bienveillant sur les évènements de mai 68 – il est alors quadra et professeur d’université, un « papy » pour ses étudiants – qu’il rêverait même plus radicaux.

Bref, pas n’importe qui, et Yan Pradeau s’empare de la vie de cet illustre inconnu (pour moi) avec pas mal d’énergie, une pointe de lyrisme et pas mal d’humour, cocktail qui n’est pas sans rappeler, dans les meilleurs moments, la divine trilogie biographique d’Echenoz.

Evidemment, reste à parler de mathématiques. On n’y échappe pas. Vous, si, pour le moment, car je me suis empressé d’oublier absolument toutes les notions mathématiques évoquées dans Algèbre. Impossible donc de vous dire quelles découvertes ont valu à Grothendieck d’obtenir la médaille Fields (qu’il décline) en 1966. Pradeau n’est, malheureusement, pas pédagogue au point de faire passer les notions complexes sur lesquelles travaille Grothendieck auprès de purs néophytes comme moi (pour cela il aurait fallu reprendre certaines bases et ajouter 100 pages au livre, sans doute) -mais des mathématiciens plus aguerris y trouveront sans doute leur compte. Quoi qu’il en soit, si l’on accepte de se laisser porter – les évocations purement mathématiques ne sont heureusement jamais bien longues – ce langage étranger peut être porteur d’une certaine poésie, voire d’une étrange magie (un peu comme quand, jeune lecteur, on découvre le monde des sorciers dans Harry Potter, toutes proportions gardées). Peut-être n’était-ce pas l’intention de Yan Pradeau, mais cela permet à Algèbre de ne pas devenir trop rébarbatif, même dans ses passages les plus abstraits.

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4 Comments

  1. Même si mon parcours universitaire a connu des mots barbares genre Mécanique ou Analyse ou Logique, hélas pas de géométrie algébrique poussée. Quoique d’après wikipedia il y en avait des bribes. bref, ce livre me plairait bien.
    Dans le genre poético surréaliste, il y a Théorème vivant de Cédric Villani, à lire bien sûr (et sauter les pages de maths), existe en poche.

    • Tiens, je n’aurais pas misé sur Villani, mais si tu le dis pourquoi pas. J’ai aussi entendu parler aujourd’hui d’une autre biographie de mathématicien : l’Evariste de Désérable, sur Evariste Galois bien sûr. Je tenterais bien, histoire de voir à quoi ça ressemble.

  2. Je l’ai lu , l’Evariste. Pas vraiment de maths là dedans (l’auteur rencontré en salon m’a dit avoir montré son manuscrit à Villani, justement, pour éviter des erreurs -mais quand même, un détail me chiffonne) et une écriture qui peut passer ou casser. Auteur très sympa par ailleurs.

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