Les Groseilles de novembre d’Andrus Kivirähk

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Si vous avez lu l’Homme qui savait la langue des serpents d’Andrus Kivirähk, il est fort probable que vous ayez l’espace d’un instant considéré de passer vos prochaines vacances en Estonie, d’entreprendre un master sur la littérature balte ou d’acheter la méthode Assimil pour apprendre la langue de Kivirähk. Le master excepté, je n’ai pour ma part pas totalement renoncé à ces projets. Mais en attendant de m’y coller pour de bon, je me suis dit qu’il fallait surtout que je lise les Groseilles de novembre, le second roman de Kivirähk publié par le Tripode et considéré nous dit-on comme un des meilleurs parmi la trentaine d’ouvrages qu’il a publiés.

Comme la continuité dans le style de la couverture l’indique (c’est encore Denis Dubois qui s’y colle), on y retrouve un univers similaire à celui de l’Homme qui parlait la langue des serpents, de nouveau à la lisière entre la forêt primitive des contes estoniens et la civilisation européenne qui tente de recouvrir des siècles de tradition païenne. Les anges, les diables et les créatures légendaires locales se mélangent, tandis qu’on fait généralement assez peu de cas de Dieu – l’éditeur nous rappelle que l’évangélisation de l’Estonie est très tardive, ce qui explique la survivance de traditions plus anciennes au sein du culte chrétien. On entendra d’ailleurs parler, à un moment, de cette fameuse langue des serpents qui était au centre du précédent ouvrage, preuve que les deux romans communiquent.

les-groseilles-de-novembre_kivirahk-couvL’élément central de la mythologie des Groseilles de novembre sont cependant nouveaux pour le lecteur français puisqu’il s’agit des kratts, sortes de créatures fabriquées de bric et de broc par les humains puis dotées d’une âme par le Diable – à condition qu’on sache le lui demander comme il faut.

Les Groseilles de novembre se propose de raconter quelques semaines de la vie d’un village dont les habitants apparaissent d’emblée sans foi ni loi, se volant mutuellement sans guère de scrupules, entrant régulièrement en contact avec le diable et nombre d’autres créatures malfaisantes, n’hésitant pas à se jeter divers sorts si une situation l’impose. Bref, une bande de loups que rien ne peut rapprocher si ce n’est une animosité commune envers le seigneur allemand qui occupe leurs terres, un benêt qu’ils dépouillent peu à peu grâce à leurs kratts volants.

Même si le contexte est similaire, les Groseilles de novembre n’a ainsi pas grand chose à voir avec l’épopée digne d’une saga scandinave qu’était l’Homme qui savait la langue des serpents. Cet autre roman évoque bien un genre médiéval, mais ce serait plutôt celui des fabliaux, dont on retrouve les personnages grotesques, vils et bouffons, les situations parfois à la limite du scabreux et l’irrévérence totale. La forme même du roman rappelle ce genre, puisque les évènements racontés pour chaque journée peuvent presque se lire indépendamment des autres, et contiennent chacun une anecdote amusante ou édifiante. On a ainsi plus affaire à une compilation de petits contes qu’à un véritable roman construit – ce qui constitue d’ailleurs la principale faiblesse de l’ouvrage, la lassitude guettant parfois. Malgré tout, Kivirähk parvient à accrocher de nouveau tout au long de ces petites chroniques, même si on ne peut que regretter au fil des pages le souffle de l’Homme qui parlait la langue des serpents. Par chance, il nous reste encore une bonne vingtaine de ses romans à découvrir.

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10 Comments

  1. Coincidence, j’ai démarré L’homme qui … hier. Etrange histoire, je sens que je passe à côté de références, mais on verra!

    • Il y a forcément des aspects satiriques qui nous échappent, et des manques culturels… Mais ce qui est admirable, c’est que la force de l’histoire reste intacte !

  2. j’avais beaucoup aimé l’homme qui parlait la langue des serpents, celui-ci a l’air moins bien. Tu dis qu’il reste 20 romans de lui à découvrir ??

    • Oui, 20 ou même 30 je ne sais plus… Il écrit depuis un moment et c’est apparemment un auteur extrêmement populaire en Estonie ! J’imagine qu’il y a encore quelques chefs d’oeuvre qui nous attendent…

  3. On croise les doigts pour que d’autres romans soient traduits… Je n’ai lu que celui-là, mais tout le monde préfère L’Homme qui savait la langue des serpents. Il faut que je le trouve !

    • Ca ne devrait pas être trop difficile à trouver ! Et en effet, tu devrais être soufflée ! C’est même une chance je trouve, d’avoir commencé par les Groseilles 🙂

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