Pour la peau d’Emmanuelle Richard

dominique a - pour la peau - richard

Emma sort tout juste d’une longue histoire d’amour. Six ans, un déménagement dans une ville de province qui lui était tout à fait étrangère, des projets… Et un jour, l’impression des deux côtés que former un couple n’a plus de sens, que les sentiments ne répondent plus. La séparation amicale, « d’un commun accord » laisse tout de même Emma désemparée. Elle erre sur des sites de rencontre pour hommes mariés, cherche des hommes déjà pris, seulement disponibles pour de brèves étreintes, pour un shoot de peau puisque c’est très exactement cela qu’elle cherche.

Et puis le hasard met sur sa route E., le genre d’hommes qu’elle, aspirante écrivain, n’aurait jamais songé fréquenter, encore moins aimer, lui qui vit de petits bricolages à droite à gauche après avoir passé quelques années à Londres à écouter et passer de la musique, et surtout à consommer pas mal de drogue.

pour la peau - emmanuelle richard - couvertureJe n’aime pas les histoires d’amour, je n’aime pas les récits de rencontre, et je n’aime surtout pas les auteurs qui pensent avoir quelque chose de neuf à dire sur des sujets aussi rebattus. L’amour, l’amour, bon… Mais j’aime énormément Dominique A, et je voue une passion au morceau Pour la peau, qui figure sur l’album Auguri et qui donne son titre à ce roman d’Emmanuelle Richard. Alors j’ai passé outre mes réticences et je me suis attaqué à ce récit d’une brève passion physique, en espérant qu’Emmanuelle Richard sache aussi bien parler de désir que Dominique A.

Le plus compliqué bien sûr est de s’inscrire dans une histoire du roman d’amour qui semble avoir largement épuisé toutes les façons de s’atteler à la question. Dès le premier paragraphe de Pour la peau, Emmanuelle Richard semble d’ailleurs le reconnaître, en évoquant d’assez près la première phrase de l’Aurélien d’Aragon : « La première fois que je vois E. je le trouve quelconque sinon laid. Il a le teint gris et il fume, ce sont les seules choses que je remarque. »

Ces deux premières phrases sont bien à l’image du roman : Emmanuelle Richard garde toujours une conscience aiguë de la banalité de la rencontre, des atermoiements qui lui succèdent (comment décrire cette relation naissante ? Que souhaite E., que souhaite Emma elle-même ?) , et tente de court-circuiter les lieux communs, notamment en optant pour une narration discontinue, pleine d’ellipses, qui lui permet de se concentrer sur les instants les plus saisissants. La stratégie fonctionne souvent, en particulier dans les instants les plus heureux, qui irradient, mais aussi dans les scènes de sexe qui montrent Emmanuelle Richard à son meilleur, avec un parler résolument audacieux et rigoureusement tenu. Cela n’empêche pas Pour la peau de passer par des moments moins réussis, de patiner de temps à autre sur un cliché, si bien que le roman n’a pas la grâce rayonnante du morceau auquel il emprunte son titre, en dépit de tous les efforts d’Emmanuelle Richard.

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4 Comments

  1. Il me semble que mon ressenti serait très proche du tien. J’ai vu des avis plus élogieux mais je restais persuadé que ce roman ne me conviendrait pas, tu confirmes.

    • J’ai lu également des avis plus positifs, qui louaient la précision de la langue, notamment. Je suis d’ailleurs d’accord avec ces avis sur bien des points, mais cela ne suffit pas pour moi…

  2. Je suis d’accord avec toi, les scènes de sexe sont parmi les plus réussies… Je reste bien plus enthousiaste que toi malgré tout… Il est allé gratter loin celui là, j’en garderai une trace je pense.

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