Quelqu’un de Robert Pinget

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Il était là, ce papier, sur la table, à côté du pot, il n’a pas pu s’envoler. Est-ce qu’elle a fait de l’ordre? Est-ce qu’elle l’a mis avec les autres? J’ai tout regardé, j’ai tout trié, j’ai perdu toute ma matinée, impossible de le trouver. C’est agaçant, agaçant. Je lui dis depuis des années de ne pas toucher à cette table. Ca dure deux jours et le troisième elle recommence, je ne retrouve plus rien.

Ah, ce papier, ce foutu papier qui a disparu ! On va en entendre parler, dans Quelqu’un. C’est qu’il y tenait, notre narrateur, à ce papier, ce papier que Marie a peut-être fichu à la poubelle mais qu’il cherchera aussi bien dans les arbres au cas où il se serait envolé par la fenêtre, ce fameux papier sur lequel il avait noté… Mais quoi déjà ?

quelqu'un-pingetPeu importe à vrai dire, l’important c’est le papier, c’est Marie, c’est ce qui agite notre narrateur depuis qu’il s’est levé – huit heures nous dit-il – et puis ensuite, ses brèves relations avec ses voisins, ou ses compagnons de pension – mais est-ce une pension ou se rapproche-t-on plutôt de l’asile ? Quoi qu’il en soit on tourne, on tourne sans fin autour de tout ça ; papier, Marie, pension, Gaston, lever, huit heures ; une logorrhée sans bornes qui revient toujours en arrière, qui recommence la boucle en ajoutant à chaque fois de nouveaux détails, de nouvelles questions.

Est-ce qu’on tourne en rond ? On tourne, peut-être, mais pas en rond. Je m’aperçois que j’arrive peut-être quand même à tirer quelque chose de cette matinée. Je peux retrouver la piste de mon papier comme ça, j’espère encore. C’est toujours en passant en revue ce que j’ai fait que les idées me viennent de ce que j’aurais dû faire.

C’est Un jour sans fin sans la marmotte et sans Andy MacDowell, où ne reste qu’un pauvre homme qu’on ne comprend pas bien et qui semble au bord de la démence, dans le discours de qui percent parfois ce qui semblent être des traces de sénilité ou d’une inquiétante puérilité – se gorgeant de mots avant que celles-ci surgissent, soudain, ruinant toute tentative de sérieux.

Mettre les choses au point c’est ce que j’aime le mieux. Je peux dire que j’adore. Mais les gens ne comprennent pas. Ils croient que c’est la beauté ou la somptuosité ou l’amour ou Dieu sait quoi. C’est la précision. Moi ça me transporte. Trouver le mot juste, trouver exactement le mot, mais c’est divin. Je dois dire en passant que c’est souvent le mot caca qui est le plus juste. Il faut bien rire un peu.

Comme ses collègues « minuitards » du Nouveau Roman, Pinget dynamite le récit et réduit quasiment à néant ses personnages. Mais le plus proche parent de Quelqu’un serait plutôt à chercher juste après la fin de la seconde guerre mondiale, chez Louis-René des Forêts. Quelqu’un, c’est en quelque sorte le Bavard en plus radical encore, teinté d’une touche d’angoisse existentielle qui cogne, qui épuise mais qui ne peut laisser indifférent.

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challenge - don quichotte

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One Comment

  1. J’adore la photo que tu as mise comme illustration : Bill Murray m’a beaucoup fait rire dans ce film que j’ai vu 3 fois 🙂

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