Notre château d’Emmanuel Régniez

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Ils sont deux, un frère et une sœur, à vivre dans cette espèce d’improbable manoir qu’ils appellent « Notre château ». Deux êtres absolument reclus, fusionnels, qui vivent quasiment en autarcie. Seule une sortie hebdomadaire leur est nécessaire – le jeudi après-midi, lui se rend à la librairie tandis qu’elle attend son retour.

Ils font bien vite peur, ces deux-là, avec leur amour manifestement incestueux, leur drôle de façon d’évoquer leurs parents – tantôt en leur fantasmant une vie bien plus remarquable qu’elle ne le fut, tantôt en manifestant tout le mépris du monde, tantôt en vouant un respect immodéré pour leurs livres préférés, Hamlet pour le père (signe, déjà, de relations père-fils compliquées !), Wuthering Heights pour la mère. On les verrait bien jouer les fantômes dans le Tour d’écrou d’Henry James ou les Autres d’Amenabar (ce qui revient à peu près au même).

notre-chateau-emmanuel-regniezEt puis il y a l’événement fondateur de l’intrigue : un jeudi, alors qu’il se rend à la librairie pour acheter la ration hebdomadaire de livres, le frère – qui est notre narrateur – croit apercevoir sa sœur dans un bus. Elle qui ne sort jamais ! De retour au château, il lui pose évidemment la question – mais elle nie avoir jamais pris ce fameux bus.

A partir de là, tout va de travers dans Notre Château – le narrateur semble ne plus s’appartenir, oubliant les rituels constitutifs de la relation qu’il entretient avec sa sœur. A moins que ce ne soit elle qui lui joue soudain des tours, ou encore que la maison elle-même ait décidé de prendre quelques libertés, un peu comme la Maison des feuilles de Danielewski. Enfin, on avait compris que ces deux-là étaient bien tapés, mais il semble que l’un des deux le soit encore plus que l’autre – et d’ailleurs notre narrateur est-il bien fiable, avec son drôle de style tout en répétitions qui semble constamment à bout de souffle ?

On se pose évidemment beaucoup de questions au long de Notre château, habilement construit comme un mélange de roman gothique et de film muet. Comme souvent dans ce genre d’histoires, les réponses ne sont pas tout à fait à la hauteur de la fascination que produit le mystère, mais Emmanuel Régniez ménage habilement quelques chausse-trappes dans les pages finales qui permettent à l’attrait nébuleux de Notre château de persister encore un peu après son dénouement.

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3 Comments

    • Je ne l’ai jamais lue ! Mais j’ai souvent entendu parler de Nous avons toujours vécu au château et je vois bien où peuvent être les liens… Il faudra vraiment que je l’achète un jour !

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