Les Sangs d’Audrée Wilhelmy

Barbebleue

Les contes de notre enfance se prêtent à toutes les contorsions, à toutes les réécritures. Dans Les Sangs, Audrée Wilhelmy jette son dévolu sur Barbe-Bleue, conte fascinant s’il en est, que même les versions les plus enfantines peinent à édulcorer. Quel que soit l’angle sous lequel on le regarde, Barbe-Bleue reste une histoire des plus sanglantes, dont l’enseignement reste ambigu, et qui semble faire du mariage et de la sexualité quelque chose de foncièrement effrayant voire sanglant.

Les Sangs adopte un point de vue inhabituel pour raconter une nouvelle fois cette histoire inusable : celui des six femmes de Barbe-Bleue qui précèdent celle qui est habituellement l’héroïne du conte.  C’est au travers de leurs journaux intimes respectifs, retrouvés par la septième femme de l’ogre, que nous les découvrons. Et leurs écrits sont loin, bien loin, d’être ceux de pauvres femmes séquestrées.

les sangs wilhelmyBien au contraire, et c’est ce sur quoi se base l’intégralité du roman, ces six femmes décrivent leurs rapports avec Barbe-Bleue qui, loin de les contraindre à quoi que ce soit, n’est que l’objet de leurs désirs dévorants, désirs souvent masochistes qui finissent par les mener à la mort. L’ogre semble même, au départ, plutôt doux. Du genre charmeur carnassier, certes, mais pas du genre à faire violence à qui que ce soit.

Au long de ces extraits de journaux intimes, Les Sangs dessine ainsi un genre de panorama du désir, associant systématiquement celui-ci à la mort. N’est-ce pas follement original ? Je pourrais faire une remarque sur la notion de « petite mort » associée à l’orgasme histoire d’aller au bout de la course aux clichés, mais la force me manque.

Il y a de l’idée, c’est vrai – ou plutôt, il y a une idée, une seule, ce qui est un peu court – et un style plutôt séduisant dans ce qu’il a de crudité sauvage et d’audace. On n’est pas là dans le SM bien poli d’une E.L. James. Mais faute d’un récit qui tienne la route, les Sangs lasse bien vite, et perd, à trop montrer, ce que le conte d’origine a de vénéneux et de puissamment attirant.

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