Monologues de la boue de Colette Mazabrard

Photo de Raymond Depardon - monologues de la boue

Nuit. Passé le village des sources de la Saône, évité l’orage. Les vachettes broutent et pètent. Un chevreuil, lui aussi, vient paître l’herbe épaisse. Les tiges poussent. Les nuages préparent la pluie.

Dans la forêt, tu déranges la belette à la blanche poitrine.

La pluie redonne à la forêt sa sombre lumière calme, la compagnie retrouvée des limages. Lecture à l’abri, sur le banc de pierre de la chapelle à la Vierge bleue.

Entre le Pas-de-Calais et la Belgique, entre Verdun et Commercy,  entre Oviedo et Saint-Jacques de Compostelle, une femme marche. Sans réel but, sans réelle motivation. Trois marches pour trois saisons – trois étés successifs- qui, à chaque fois, projettent cette femme dans les marges. A la rencontre de tout ce qu’on peut rencontrer sur les routes : d’autres que soi, des morceaux d’Histoire, des bouts de pensée qui n’appartiennent qu’à soi et qu’il conviendrait de rapiécer.

monologues_de_la_boue - mazabrardOn ne saura pas vraiment si cette femme fuit quelque chose – sauf dans la troisième partie, où un chagrin amoureux est évoqué -, ni si sa marche est plutôt une quête. Le texte de Colette Mazabrard reste évasif, évoque aussi bien Thoreau et sa vie dans les bois qu’Histoire de Claude Simon.  On traverse les villages, les forêts, et tout ce qui s’accroche aux pas de cette femme, ce sont quelques figures qui dessinent une ruralité crépusculaire : ceux que l’on croise dans les bistros, sur la place du village, ceux qui acceptent de céder pour une nuit un coin de grange, de jardin ou même une vraie chambre. Les stigmates d’une ou deux guerres aussi, une banale maison pourtant si célèbre grâce à une simple photo de Depardon, et la nature qui palpite comme si le reste du monde n’existait pas.

Pays tissé de cours d’eau, les rivières dessinent des courbes subtiles, des méandres. Aulnes, débordement, lenteur silencieuse des rivières sous le ciel ouvert, scansion des collines calcaires. (…)

Paysage. l’eau sourd. Du sol surgit une source. Le dehors et le sol s’unissent en un réseau de minces rus qui sinuent dans les champs, creusent la craie.

Que dire encore de Monologues de la boue, dont l’action est si minimale – le mot même d’action semblant ici être un chien dans un jeu de quilles, comme s’il venait déranger le fragile équilibre du texte de Colette Mabrazard, qui se présente comme un curieux carnet de route à la deuxième personne. Simplement qu’on y trouve un style qui travaille, comme travaille la charpente d’une vieille maison, qui craque, qui bruit, qui picote. « Pour toi le but est de faire chemin, d’être en chemin, d’être chemin. » On refera la route, souvent.

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