Dispersez-vous, ralliez-vous ! de Philippe Djian

Je suis frigide pourquoi (1) - dispersez-vous ralliez-vous

J’ai découvert Philippe Djian avec Oh…, un curieux roman plein de vides sur une femme qui noue une relation amoureuse avec l’homme qui l’a violée. Sceptique face au style très sec de Djian, un brin gêné aussi par cette intrigue (dont l’adaptation au cinéma par Verhoeven, avec Isabelle Huppert, est sortie ces derniers jours), je n’étais guère allé plus loin. Je retrouve en ce début d’année Philippe Djian avec, à nouveau, un roman dont le personnage principal est une femme dont la vie amoureuse et sexuelle est au centre de l’attention.

Dans Dispersez-vous, ralliez-vous ! (le titre vient de Rimbaud, sans que cela semble avoir une quelconque incidence), on suit Myriam qui, à peine majeure, épouse Yann, la quarantaine, pour le plus grand désarroi de son père qui refuse de la revoir et la chasse. Ce n’est pas que Myriam soit follement amoureuse ou qu’elle soit particulièrement précoce en ce qui concerne les choses de l’amour. Au contraire, Yann est un homme plutôt détestable, mi-ogre mi-beauf, qui impose à sa femme la présence constante de sa soeur, tout aussi désagréable que lui. Et au lit, Myriam est plutôt du genre frigide, à attendre que ça se passe – sans que cela soit dit, on nage même parfois dans des eaux troubles pas très loin du viol conjugal.

dispersez-vous-ralliez_vous-djianBref, ces retrouvailles avec Djian ne sont pas des plus dépaysantes : l’intrigue est certes autre, mais l’auteur se débrouille pour y verser à nouveau les mêmes ingrédients : sexualité limite, confusion des sentiments comme sous acide… Plus loin, Myriam a un enfant et s’en fout ; son père meurt, et elle s’en foutrait pas mal là encore si autour d’elle on ne se battait pas pour l’héritage… Enfin voilà, Myriam est un personnage exemplairement apathique et il est bien difficile de s’accrocher à elle, elle qui n’est que l’esquisse d’une femme.

Alors quoi ? Que sauver dans Dispersez-vous, ralliez-vous ? Le style, peut-être ? Les admirateurs de Djian y voient une nouvelle étape dans son art de l’ellipse et il faut reconnaître que de ce côté-là, ça y va. Interdiction absolue de sauter une ligne ou un paragraphe sous peine de ne plus rien y comprendre, puisqu’on peut au détour d’une virgule faire un bond en avant de plusieurs années. Peut-être est-ce un moyen d’empêcher le lecteur barbé de lire en diagonale ; quoi qu’il en soit, si la radicalité du geste peut impressionner, elle donne surtout l’impression qu’à tout instant la narration trébuche, rate une marche et se casse la figure dans l’escalier. Faute d’une intrigue plus consistante, ces effets de style ne font que rendre plus pénible encore les vaines agitations de ces personnages en carton.

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En en-tête, une image de ce qui est certainement (…) un très grand film de Max Pecas : Je suis frigide… Pourquoi ? 

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4 Comments

  1. Tu confirmes l’impression que m’a toujours laissé cet auteur. J’en ai lu un ou deux mais je n’ai vraiment pas eu envie d’aller plus loin.

    • J’irai peut-être voir, un jour, à quoi ressemblaient ses premiers romans… Mais en dehors de ça je pense que l’affaire est pliée !

  2. je n’aime pas P. Djian, chaque essai fut raté et nettement, je ne parviens pas à m’intéresser à ses histoires, à ses personnages, et en plus, je ne le trouve pas intéressant à écouter

    • Je ne l’ai jamais entendu je crois, mais comme toi ses personnages me semblent toujours rester à distance, rien ne m’accroche à eux en fait…

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