Le Mur de Planck (tome 1) de Christophe Carpentier

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Une fois n’est pas coutume, j’avais envie de commencer ce billet par le simple copier-coller du résumé du Mur de Planck proposé par l’éditeur (P.O.L.)  sur son site. Vous comprendrez vite pourquoi :

L’homme a de tous temps construit des murs pour se protéger des invasions guerrières ou des fléaux naturels. Par-delà ces ouvrages en dur, dont la plupart n’ont pu résister aux vicissitudes de l’histoire, il en existe un qui, parce qu’il n’est pas fait de matière, est demeuré à ce jour infranchissable. Il s’agit du Mur de Planck. Cet édifice théorique qui protège les mystères de la naissance de l’univers, aucun mathématicien, aucun astronome n’est encore parvenu à le franchir.Quoiqu’il en soit, et loin des théories physiques et quantiques, le samedi 2 avril 2016, Marvin Taylor assassine 10 obèses réunis pour un barbecue dans la petite ville de Long Cross au Texas. Lorsque le lendemain, les agents du F.B.I, Tilda Lindgren et Travis Bogen arrivent sur la scène du crime, ils découvrent, en plus des dix cadavres, Marvin Taylor assis sur une chaise dans un état de prostration aussi totale qu’inexpliquée. La Police Scientifique ayant découvert que Taylor a filmé son massacre grâce à des lunettes-caméra haute définition, les deux agents du F.B.I visionnent le film, et résolvent l’énigme de sa prostration : des entités capables de se métamorphoser en toutes sortes d’êtres vivants sont intervenues pour le châtier en le plongeant dans un état d’hébétude définitive. Parallèlement à l’existence de ces entités qui se font appeler les Particules Baryoniques, les agents Bogen et Lindgren apprennent que l’action menée contre Marvin Taylor n’est qu’une phase d’entraînement avant le déclenchement d’une offensive planétaire de purification de l’humanité qui aura lieu le 4 avril à 16 heures GMT. Le lendemain, le lundi 4 avril 2016, a lieu, pile à l’heure prévue, l’offensive de purification planétaire qui plonge 650 millions d’humains, parmi les plus nocifs que compte l’humanité, dans une hébétude définitive. Et ça n’est pas fini… Quelques années plus tard, après bien des aventures, beaucoup de morts violentes, une invasion de notre planète par des robots chargés d’exterminer l’humanité, et devant la résistance de celle-ci, les Particules Baryoniques décident de la dissolution atomique de la terre en une gigantesque caravane éthérée disparaissant dans le Cosmos.

Avouez que ça valait le coup : on n’en lit pas tous les jours des pitchs comme celui-ci. Surtout, il m’épargne une bonne migraine qui n’aurait pas tardé à se déclarer si j’avais voulu rédiger moi-même le résumé de cette trame pour le moins complexe…. Et encore évacue-t-on ici pas mal de détails importants, tels que l’origine des Particules Baryoniques et leurs liens avec le Mur de Planck et ce qui se cache (peut-être) derrière.

le mur de planck carpentierMais reprenons, donc. L’humanité, un beau jour de 2016, est victime de ces Particules Baryoniques, en gros des agglutinats d’atomes dotés d’une conscience à force de traîner à proximité des humains, qui ont décidé que ça ne pouvait plus durer. Les hommes violents, colériques, belliqueux, tout ça, hop : fini. Par le biais d’une manipulation mentale dont elles ont le secret, les Particules Baryoniques débranchent le cerveau des méchants, qui se transforment en braves légumes un peu encombrants mais inoffensifs. En quelques heures, tous les mafieux, tous les trafiquants, tous les voleurs de sacs à main et les ravisseurs d’enfants sont déconnectés. La paix, enfin !

Soyons honnêtes : le temps que tout ce foutoir se mette en place, c’est-à-dire une grosse centaine de pages, on a mille fois l’occasion de se demander s’il ne vaudrait pas mieux abandonner tout de suite. Les premières apparitions des Particules Baryoniques, face aux deux agents du FBI qui deviennent ensuite les protagonistes principaux, seuls humains à avoir la chance de connaître les motivations de ces Particules, sont en quelque sorte le pompon : ces « entités » indéfinissables nées de la conscience humaine, qui veillent sur certains « Coeurs Purs » mais ont le pouvoir, comme Dieu et le Père Noël, de savoir qui a eu de vilaines pensées livrent des explications qui semblent des plus fumeuses. Sans compter leurs digressions sur leurs voyages jusqu’aux confins de l’univers, là où se tient ce qu’on appelle le Mur de Planck, que certaines ont traversé. Bref, il y a de quoi être plus qu’incrédule face à ce grand bazar de la science-fiction qui semble agréger tout un tas d’éléments hétéroclites qui ne sont pas loin d’étouffer le lecteur…

Et puis, il se passe quelque chose – pas tant sur le plan narratif que sur un plan plutôt philosophique. Une fois le dispositif un peu lourd mis en place, Christophe Carpentier déroule la pelote de ses implications morales. Une fois les premières réjouissances passées – plus de méchants, youpi ! -, on se rend compte que certains « déconnectés » étaient, pour leurs proches au moins, des personnes tout à fait irréprochables ; on se demande quelle limite ont fixé les Particules, et pourquoi, pour décider de qui méritait ce traitement. Surtout, on est bien obligé de se surveiller bien plus qu’avant, de réfréner mauvaises pensées et basses pulsions, de peur de se voir transformé en légume à son tour. Et puis, que faire de ces milliers d’humains incapables de se nourrir, se vêtir ou faire leurs besoins seuls, et qui rappellent à l’Humanité le poids de la culpabilité ?

En gros, les Particules Baryoniques, c’est l’équivalent de Jésus qui reviendrait pour répéter son message – « Aimez-vous les uns les autres » – mais qui pointerait un pistolet sur la tempe de chacun pour être sûr que cette fois ça fonctionne. La situation soulève moult questions sur la nature humaine – qui se définit aussi par sa part de Mal – et sur le libre arbitre, que Carpentier développe petit à petit au travers de Tilda et Travis, ces deux « Coeurs purs » privilégiés par les Particules à qui elles laissent même le loisir de se révolter… Jusqu’à un certain point.

On aurait donc tort de se décourager face aux premiers chapitres, un peu trop abscons, du Mur de Planck. Une fois lancé à plein régime, Christophe Carpentier parvient à légitimer tout ce qui semblait grossier ou grotesque, et réserve de plus quelques rebonds saisissants dans l’intrigue, qui voit les Particules devenir de plus en plus tyranniques. On pensait s’enliser dans une série B, et voilà que l’intrigue se redresse, se densifie (encore !),  prend peu à peu tout son sens, se révélant remarquablement équilibrée et maîtrisée. Il y a des scènes d’apocalypse que l’on rêverait de voir au cinéma tant, sur le papier, elles ont déjà une présence saisissante, scotchante. Pour finir, Carpentier nous fait passer le Mur de Planck, symbole à la fois des limites de l’univers et des limites de l’esprit humain, derrière lequel l’imagination seule règne… De quoi laisser envisager une suite encore plus folle et encore plus sidérante, que j’attends d’ores et déjà avec impatience. 

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J’ai emprunté l’image d’en-tête sur Wikipedia. Pour indication, l’ère de Planck (et ce qu’on appelle donc le Mur de Planck) se situe entre le Big Bang et le début de l’inflation de l’univers. Pour en savoir un peu plus, voir cette page de Wikiversity.

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5 Comments

  1. Heu… Je vais me contenter de la jouer « petit joueur », sur ce coup-là… et passer mon tour.

    • Il semble que ce soit au programme, oui, mais je ne crois pas qu’une échéance quelconque ait été annoncée. Je ne sais pas non plus si plusieurs suites sont prévues ou si Christophe Carpentier a prévu un seul tome de plus… Mais en tout cas, j’attends fermement cette suite, qui devrait nous emmener encore plus loin dans cet univers de dingue 😀

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