Je me souviens de l’imperméable rouge que je portais l’été de mes vingt ans de Lydia Flem

Je me souviens de l'imperméable rouge que je portais l'été de mes vingt ans - flem - corset

Quand j’ai reçu à la bibliothèque Je me souviens de l’imperméable rouge que je portais l’été de mes vingt ans, dont j’avais entendu de bons échos, je l’ai feuilleté distraitement, ai picoré de-ci de-là quelques fragments, et l’ai remisé aussitôt dans un coin, en me disant qu’il était n’était sans doute pas très utile de lire un petit bouquin qui ne faisait que reprendre strictement le principe des Je me souviens de Perec. Certes, le texte de Perec reste inépuisable et il constitue un modèle qu’il est très facile et amusant de s’approprier (c’est même un exercice fort pratique pour travailler l’autobiographie avec des élèves de troisième) ; mais de là à en faire des livres…

Comme je suis tout de même un peu curieux, j’ai fini par me pencher un peu plus sérieusement sur le cas de ce nouveau Je me souviens, désireux de comprendre peut-être ce qui lui valait tant d’éloges. Grand bien m’en a pris, car si Lydia Flem ne se démarque pas tant que ça de son fameux modèle, elle vient cependant y ajouter des problématiques qui étaient bien loin des préoccupations de Perec.

Je me souviens de l'imperméable rouge que je portais l'été de mes vingt ans - flem - couvertureCar tous les souvenirs de Lydia Flem se concentrent autour d’un seul thème : les vêtements. Souvenirs de l’atelier de couture de sa mère, souvenirs des différentes modes qu’elle a vu passer, de ce qu’elle portait à tel ou tel moment de sa vie… Tout tourne autour du tissu, dont le toucher, l’apparence ou le bruit fait parfois office de véritable madeleine de Proust. Superficiel ? Parfois, peut-être, mais quelques-uns de ces fragments rappellent que le vêtement n’a rien d’anodin, qu’il est au contraire lourdement signifiant.

Je me souviens que Roland Barthes dans son Système de la mode rappelle qu’il existe une langue du vêtement.

La mode est d’abord un récit.

La mode est un récit, et les vêtements, d’année en année, racontent quelque chose de fondamental : l’évolution de la société, des libertés individuelles, et du regard sur les femmes. On le voit d’abord aux changements opérés par les créateurs de mode : les « coutures apparentes sur les petits pulls ajustés, de Sonia Rykiel », par exemple, ou le « look spatial » de Courrèges… Mais aussi à des gestes plus subversifs : le smoking féminin imaginé par Saint-Laurent, en 1966, qui fit scandale ; les jupes portées par des hommes dans les défiles Gaultier…

A petits pas, ces souvenirs à la fois collectifs et intimes dessinent une sorte d’histoire du vêtement dans la deuxième moitié du vingtième siècle – une vraie mine. Mais loin de se contenter de parler de la haute couture, Lydia Flem évoque aussi les soutiens-gorge brûlés par les militantes féministes, les premières femmes à porter le pantalon,  Le vêtement est symptomatique des injonctions qui pèsent sur les femmes (« Je me souviens que les femmes sont passées de la tyrannie du corset à l’impératif d’être mince »),  de ce qui est jugé acceptable ou non, et de manière générale du contrôle exercé depuis des siècles sur leurs corps par les hommes.

Je me souviens de la formule : « Mon corps m’appartient ».

Je me souviens que c’est toujours dangereux pour une femme de se promener seule la nuit.

C’est cette dimension politique, incarnée avec conviction, qui donne son poids à Je me souviens de l’imperméable rouge que je portais l’été de mes vingt ans et lui permet de dépasser largement l’exercice de style ou le simple hommage au maître Perec.

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En en-tête : l’évolution du corset de 1900 à 1910, emprunté à cet intéressant article sur l’histoire de ce vêtement.

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