Trois jours et une vie de Pierre Lemaitre

tempete 1999 - lemaitre - trois jours et une vie

Deux ans et demi après son Goncourt, et alors qu’il a annoncé qu’il préparait une suite à Au revoir là-haut – lequel sera bientôt adapté au cinéma -, revoilà Pierre Lemaitre avec un petit roman qui divise ses fans : retour en forme à ses amours d’antan ou texte bâclé pour occuper le terrain ?

Ne faisant pas partie des inconditionnels de l’auteur, je ne saurais dire comment se positionne Trois jours et une vie par rapport aux précédents polars de Lemaitre. Par rapport à Au revoir là-haut, en tout cas, c’est évidemment le jour et la nuit : exit le grand roman historique sur les répercussions de la Première Guerre Mondiale, voilà un bref roman psychologique sur le jeune Antoine, une douzaine d’années, qui tue par accident le fils des voisins, Rémi. Paniqué, le garçon dissimule tant bien que mal son crime, en espérant que la situation se tasse vite et que la police conclue à une disparition inexpliquée, jusqu’à abandonner les recherches. Par chance, la grande tempête de décembre 1999 viendra lui donner un heureux coup de pouce…

trois jours et une vie - lemaitre - couv.jpgLes enjeux sont évidemment limités puisqu’il s’agit uniquement de savoir si Antoine finira ou non par être démasqué – d’abord durant des trois jours qui suivent la disparition de Rémi, puis, au long cours, jusqu’à la fin de sa vie. Si Lemaitre s’amuse quelque peu avec son personnage, totalement écrasé par une culpabilité bien trop lourde pour un aussi jeune homme, il en profite aussi pour dépeindre les habitants – tous absolument moyens – du village de Beauval qu’il habite. Le portrait qu’il en fait, vaguement humoristique, ne parvient pas à dépasser la morosité et la médiocrité des personnages qu’il imagine. Il aurait fallu ou bien plus d’acidité, ou bien plus de tendresse pour sortir de cette indistinction. En l’état, Trois jours et une vie rappelle plus le laborieux Une place à prendre de Rowling et sa description d’une petite ville bourgeoise que les sommets de Maigret, que cherche à évoquer Lemaitre.

Reste l’histoire d’Antoine qui, comme colonne vertébrale du récit, est assez faible tant que notre héros reste adolescent. Dans la dernière partie du livre cependant, qui voit Antoine, jeune adulte, aborder les faits quasiment prescrits avec plus de sang-froid, Trois jours et une vie retrouve un peu d’allant, notamment grâce à un rebondissement final franchement capillotracté mais qui, avec ses airs de pied-de-nez final, apporte enfin au roman ce qui lui manquait depuis le début : de la malice.

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6 Comments

  1. Déçue aussi par ce dernier titre. J’avais pourtant aimé Robe de marié dans la veine polar et bien sûr le premier tome de cette trilogie sur l’après guerre, Au revoir là-haut.

  2. Pas un grand cru c’est certain… Par contre, j’avais adoré Une place à prendre moi, rien à voir ! Vilain va ! :-p

    • Rah, je m’étais teeeellement ennuyé ! 😀 Et puis tous les personnages me semblaient si détestables ; ça ne me gêne pas dans l’absolu mais j’avais l’impression que Rowling en faisait des caisses pour noircir constamment le tableau…

  3. J’ai du mal à qualifier ce roman parmi l’oeuvre de Lemaitre (j’en parle bientôt chez moi), on est dans du roman noir qui reprend des ficelles de suspenses, mais loin de la noirceur de ses premiers thrillers…

    • Je manque de points de comparaison, ne connaissant pas très bien Lemaitre et n’étant pas très friand de ce genre de romans… Je lirai ton avis avec attention 🙂

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