Le Conte de deux cités de Charles Dickens

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1775. Sur la côté anglaise, à proximité de Douvres, James Lorry, un banquier de chez Tellson’s, s’apprête à traverser la Manche en compagnie d’une jeune femme, Miss Manette. Son père, qu’elle croyait mort, est enfin « revenu à la vie » après dix-huit années passées à la Bastille. A moitié fou, le vieux docteur Manette – dont le crime nous restera inconnu jusqu’aux derniers chapitres du roman – a été recueilli par Ernest Defarge, son ancien domestique, devenu depuis marchand de vin dans le quartier du Faubourg Saint-Antoine.

D’émouvantes retrouvailles qui ne sont que le début d’une vaste aventure tiraillée entre Londres et Paris – les deux cités du titre -, qui ne prendra réellement forme que lorsque la Révolution éclatera et que le jeune mari de Miss Manette, Charles Darnay, devra rentrer en France où l’attendent quelques ennuis : héritier du cruel Marquis d’Evrémonde, il risque fort, à moins de réussir à prouver sa fidélité à la République, de passer sous la lame de la guillotine.

dickens - conte de deux cités (a tale of two cities)Un roman de Dickens sur la Révolution Française, voilà qui ne peut que faire envie. On connaît le penchant de Dickens pour les classes populaires – dont il est issu -, sa façon de défendre, au travers de ses beaux orphelins, la justice sociale la plus noble. Qui d’autre que lui, pour nous parler de ce bout d’Histoire, de ce qu’était le petit peuple Français à la veille de la prise de la Bastille, de ce qu’il pensait ?

De fait, la promesse, de ce côté-ci, est tenue : le Conte de deux cités brille particulièrement lors de quelques scènes de foule extrêmement réussies, qu’il s’agisse de la révolte de paysans face à l’injuste Marquis qui les opprime ou simplement de la cohue provoquée par le bris de quelques tonnelets de vin dans la rue du marchand Defarge, tonnelets qui attirent tout ce que le Faubourg Saint-Antoine compte de miséreux. Ce sont ces groupes tonitruants et chahuteurs qui permettent à Dickens de se montrer sous son meilleur jour.

A l’inverse, le Conte de deux cités pèche par ses personnages principaux, globalement assez falots. Si le docteur Manette, avec ses airs de vieux fou, parvient à s’attirer quelque sympathie, son gendre, Darnay, qui finit par prendre le premier rôle, est un modèle fatigant de droiture meurtrie. Ecartelé entre la France et l’Angleterre, constamment soupçonné de chaque côté de la Manche d’être un espion, il devient au bout du compte le seul moteur d’une intrigue poussive, aux rebondissements si épars que Dickens semble se sentir obligé de faire avancer régulièrement le compte des années, sautant ici un an, ici cinq, comme s’il était lassé de s’embourber à chaque chapitre dans les mêmes considérations. Quant aux personnages féminins, je m’agaçais en lisant David Copperfield, du traitement particulièrement caricatural que Dickens leur infligeait, mais au moins y avaient-elles une place conséquente : ici, elles sont essentiellement des commodités qu’on sort du placard quand l’intrigue l’impose, et rien de plus.

Si, par endroits, l’humour inimitable de Dickens sauve la mise – et notamment lorsqu’il se lance dans des comparaisons entre la France et l’Angleterre ou dans des diatribes satiriques des plus réussies contre leurs gouvernements, le Conte de deux cités reste un Dickens mineur, à réserver à ses admirateurs les plus avertis.

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En en-tête : la guillotine dans l’adaptation au cinéma de A Tale of Two Cities par Jack Conway (1935).

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